Edvard Munch ou l'anti-Cri Malgré le cri

25/02/2010 - 17h55
  • 0
Edvard Munch ou l'anti-Cri
Montrer l'oeuvre de edvard munch sans Le Cri : malgré un parti pris injustifiable, l'exposition de la Pinacothèque offre un bel aperçu de l'oeuvre d'un artiste inclassable — fauve, expressionniste, symboliste et naturaliste tout à la fois.

On se souvient de {Roy Lichtenstein. Evolution}, première exposition de la Pinacothèque de Paris, il y a bientôt trois ans, et de l'injure faite aux oeuvres par l'exiguité des lieux et la minceur du propos. Entre temps, {Pollock et le chamanisme} en 2008, ou {L'Age d'or hollandais}, avec ses 700 000 visiteurs cet automne, ont établi l'institution privée comme « {l'un des tous premiers lieux d'exposition à Paris, en terme de programmation et de fréquentation} », se vante son directeur, Marc Restellini.Après roy Lichtenstein, georges rouault, jackson pollock, chaim soutine, susan valadon et maurice utrillo, la Pinacothèque mise sur un autre grand nom de l'histoire de l'art, Edvard Munch, auréolé d'une réputation d'artiste « maudit », malade et tourmenté, pour attirer les foules. L'exposition, qui se déploie dans des espaces démultipliés, où la circulation est bien plus aisée qu'auparavant, malgré des plafonds bas qui écrasent un peu les oeuvres, est très complète et fait preuve d'un remarquable travail documentaire pour proposer un excellent aperçu de l'oeuvre de l'artiste norvégien. Un parti pris stupideHormis, il est vrai, une oeuvre... {Le Cri}, toile trop fameuse, selon Marc Restellini, la seule que connaisse le public (inculte), «{ si peu représentative de l'ensemble de l'oeuvre de Munch, dont la notoriété exagérée a eu pour conséquence d'occulter la réelle dimension et le vrai message de l'artiste} ». Un parti pris de départ particulièrement idiot, que justifie sans doute le fait que le musée Munch et la Galerie nationale d'Oslo, auxquels la Pinacothèque « {n'a pas voulu faire appel} », soient devenus très réticents à prêter les deux versions de la toile de 1893, plusieurs fois volées.Si on comprend que {Le Cri} ne puisse pas faire le voyage (mais pourquoi pas la lithographie ou le pastel qui reprennent la toile ?), on ne comprend pas très bien quel intérêt il y a à dévaloriser l'oeuvre auprès du public, au point de nommer l'exposition Munch ou l'« anti-Cri »... Aurait-on l'idée d'évoquer l'oeuvre de Michel-Ange en occultant la {Chapelle Sixtine}, celle de Stanley Kubrick en mettant de côté {2001 L'Odyssée de l'espace}, ou igor stravinsky sans {Le Sacre du Printemps}, sous prétexte que ces oeuvres soient trop connues et aient une place à part dans leur carrière ? Proposer un point de vue est le rôle d'un commissaire d'exposition, faire preuve de révisionnisme en occultant sciemment l'oeuvre majeure d'un artiste pour justifier un refus de prêt est stupide et insulte l'intelligence du spectateur.Le style MunchCertes, définir l'oeuvre d'Edvard Munch est plus complexe qu'il n'y paraît. Expérimentateur, Munch mêle à l'ambivalence du sens de ses oeuvres d'incessantes recherches picturales et gravées, étalant en larges aplats des couleurs acides, éclatantes ou sombres, saturant la toile de coups de pinceau, ou griffant et repeignant ses gravures à la manière des monotypes de paul gauguin. Si les volutes ou les hachures des toiles des années 1890 rappellent les peintures pleines et étouffantes de vincent van gogh, les couleurs arbritraires et stridentes qu'il emploie au même moment annoncent celles que les Fauves étaleront sur leurs toiles dix ans plus tard. Proche d'August Strindberg et partageant avec Henrik Ibsen une sensibilité pour la misère humaine, Munch est, comme ces deux auteurs scandinaves, à la fois un naturaliste et un symboliste, deux tendances artistiques a priori antagonistes. Comme eux, il associe très souvent la mort et la femme, qu'elle soit représentée en {Madone} (1896-1902) tentatrice mais impure, autour de laquelle courent des spermatozoïdes mais qui ignore un foetus mort-né, sous forme de vampire ou de cannibale absorbant littéralement l'homme, réduit à une ombre. Un portrait d'{Enfant malade} (1894), par les circonvolutions de sa maigre chevelure sur l'oreiller, figure l'angoisse de la mort qui tient l'artiste depuis toujours (il perd très jeune sa mère, puis sa soeur). Un paysage ({Nuit d'été à Studenterlunden}, 1899) se dissout en formes molles, absorbant des couples irrémédiablement unis dans la solitude. Comme un signal d'alarme perturbant la quiétude du paysage, une Maison rouge revient dans un certain nombre d'oeuvres, présence subjectivée et inquiétante.Mais Munch n'est pas seulement le peintre de l'angoisse. {Les Baigneurs} (1904-1905), {La Danse de la vie} (1906) ou {Alma Mater} (1914) rappellent par leur lumière solaire intense et leur thèmes idylliques les toiles contemporaines de Maurice Denis ou de henri matisse. De même, les grands portraits des années 1910, qu'inaugure l'{Autoportrait à la cigarette} de 1909, où Munch se représente plus en grand bourgeois qu'en artiste maudit, surprennent par leur clarté et leur absence d'introspection. La série montrant des ouvriers ou un cheval au galop vu de face sont de rares témoignages du monde réel dans son oeuvre, tandis que {Filles sur un pont} (1903) rappelle l'intérêt de Munch pour la photographie, dans une perspective quasi cinématographique... Une oeuvre aux multiples ramifications, résolument tournée vers la modernité, dont {Le Cri} demeure l'un des jalons indispensables.{Edvard Munch ou l'« anti-Cri »}, à la Pinacothèque de Paris, jusqu'au 18 juillet 2010. www.pinacotheque.com

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Photos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship