Edvard Munch au Centre Pompidou Dans l'oeil du cyclone

30/09/2011 - 15h41
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Edvard Munch au Centre Pompidou
A peine plus de dix-huit mois après une rétrospective Munch plutôt réjouissante (malgré un parti pris discutable) organisée à la Pinacothèque, on traînait un peu des pieds pour aller visiter cette exposition Munch, l'oeil moderne offerte par le Musée national d'Art moderne. C'était sans compter sur la diversité d'une oeuvre annoncée comme résolument moderne. Avec un regard axé en particulier sur le rapport de l'artiste au cinéma et à la photographie, ainsi qu'à une certaine « vision intérieure ».

Un parcours sobre et passionnant, même si on regrette, une fois encore, l'absence du fameux {Cri}, privé de prêt après ses nombreux vols. Peu de gravures également. Place ici à la couleur, à ces verts, ces violets et ces jaunes qui ressortent d'autant plus sur les murs d'un blanc éclatant, et au jaillissement des formes — corps de familles fusionnelles se fondant les uns dans les autres, couples dangereusement enlacés, voire s'auto-dévorant, individus désespérément seuls mais englués dans leur environnement. Plutôt qu'à une énième analyse pseudo-psychologique du cas edvard munch, dépressif avéré, l'exposition du Centre Pompidou invite à replacer l'artiste dans son temps et fait sauter quelques clichés le concernant. CinéphileNon, Edvard Munch n'est pas — seulement — le peintre des intérieurs anxiogènes. Il sait aussi peindre un soleil irradiant, une nuit étoilée fantasmagorique, des paysages de neige ou des scènes de rue d'une vivacité saisissante. Son rapport au mouvement, en particulier au cinéma, est d'ailleurs étudié avec la plus grande attention, et c'est là l'un des points forts de l'expo. Propriétaire d'une petite caméra Pathé-Baby, achetée en 1927, Munch filma les rues d'Oslo et le jardin familial. Mais dès avant cette date, le peintre, qui expérimente également la photographie, s'inspire du cinéma pour donner dans ses toiles une sensation de mouvement. L'effet est particulièrement frappant dans une oeuvre comme {Travailleurs rentrant chez eux}, associé au fameux film des frères Lumière, {La Sortie de l'usine Lumière} (1895), considéré comme le premier film de l'histoire. La perspective s'accélère, les personnages surgissent dans l'espace du spectateur. Dans une autre série d'oeuvres, {La Bagarre}, on a l'impression d'être dans un véritable storyboard. Ailleurs, Munch se met en scène comme s'il surgissait devant l'objectif d'une caméra. Vision intérieureAutre poncif balayé : Munch n'est pas un peintre froid, grâce notamment à son immense talent de coloriste. S'il emploie les mêmes tons que paul gauguin ou les Fauves, à la même époque, c'est, contrairement à eux, pour dire l'angoisse et non pas le bonheur de la sensation pure. Mais c'est une angoisse vivante, une douleur active, pas terne. La couleur lui permet d'animer l'inanimé : dans {La Vigne vierge rouge}, le bâtiment recouvert de couleur sang semble prendre vie, sorte de préfiguration de l'hôtel hanté du {Shining} de Kubrick.L'une des dernières salles nous fait découvrir un pan méconnu de l'oeuvre de Munch. En 1930, alors qu'il est âgé de 67 ans, celui-ci connaît une altération de la vue : une hémorragie dans l'oeil droit laisse une tache qui perturbe son champ visuel. Pendant plusieurs mois, il va s'attacher à représenter cette tache vaguement ronde surmontée d'une forme évoquant une tête d'oiseau. Alors qu'au début, il dessine librement cette forme abstraite, se refusant à la nier, ce parasite visuel va petit à petit prendre de l'ampleur, et se retrouver inclus dans des vues d'intérieurs ou des paysages. Devenue autonome, elle se mue en aigle aux ailes repliées. Cette image « entoptique », que Munch est seul à voir, signale l'intérêt de l'artiste pour ce que les commissaires de l'exposition nomment « le regard retourné ». Une démarche éminemment moderne car le peintre, dans une sorte d'auto-contemplation en circuit fermé, représente ici sa propre vision, uniquement pour elle-même. Renversant. {Munch, l'oeil moderne}, au Centre Pompidou, Musée national d'Art moderne, du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012.www.centrepompidou.frLégendes des illustrations :. Edvard Munch, {Le Soleil}, 1910-13 © Munch Museum / Munch-Ellingsen Group / BONO 2011 © Adagp, Paris 2011. Edvard Munch, Puberté, 1914-16 © Munch Museum / Munch-Ellingsen Group / BONO 2011 © Adagp, Paris 2011. Edvard Munch, Travailleurs rentrant chez eux, 1913-14 © Munch Museum / Munch-Ellingsen Group / BONO 2011 © Adagp, Paris 2011. Edvard Munch, La Rétine de l'artiste. Illusion d'optique créée par la maladie oculaire, 1930 © Munch Museum / Munch-Ellingsen Group / BONO 2011 © Adagp, Paris 2011

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