
Voir aussi : le diaporama de l'exposition Dreamlands
On entre dans l'exposition Dreamlands comme dans l'univers enchanté d'une attraction foraine. La lumière est tamisée, des toiles translucides séparent les salles et permettent de voir les oeuvres dans un brouillard scintillant, les images en mouvement et les sons des films projetés donnent le tournis. Aussi attrayante que son thème même, Dreamlands assume le registre de l'illusion, laissant de côté l'envers du décor des cités rêvées et notamment la réalité sociale que masquent des villes futuristes comme Dubaï. C'est plutôt dans son catalogue, avec les contributions d'historiens comme Pascal Ory, ou de philosophes comme Bruce Bégout (lire
), qu'on trouvera une lecture au second degré des oeuvres présentées.La débauche des parcs d'attractionsAu commencement fut l'Exposition universelle de 1889 à Paris et la construction de la tour Eiffel comme première manifestation d'une inutilité essentiellement ludique, ainsi que le rappelle Pascal Ory. Dérivé plus ludique encore, le parc d'attractions, qui naît en 1904 avec le Dreamland de Coney Island, à l'extrême sud de New York, est le lieu de « la débauche publicitaire et réglementée ». Ces lieux sans règles ne pouvaient qu'inspirer les artistes, et en premier lieu les surréalistes. Le « lieu du rêve » est concrétisé en 1939 par Dalì avec son pavillon du Rêve de Vénus pour la Foire de New York.Construits ex nihilo, les parcs d'attractions influencent en retour l'urbanisme galopant des mégalopoles, et l'inutilité de leurs délires architecturaux. Ainsi les bâtiments prennent vie dans le livre Delirious New York de Rem Koolhaas, paru en 1978 : l'architecte anthropomorphise Manhattan, et fait de Coney Island son embryon, comme l'expliqe dans le catalogue Roberto Gargiani, selon lequel « l'imminence de la catastrophe est le fondement psychanalytique des principales attractions de Coney Island ». De l'anthropomorphisme urbain découle directement le cannibalisme, que met en oeuvre l'installation Nothing Stops a New Yorker de Malachi Farrel, série de buildings à bras en carton surmontant un tas de détritus et diffusant à plein volume les news de la télévision américaine. Las Vegas, Disneyland et Dubaï, royaumes du fauxAu centre spatial et thématique de l'exposition, Las Vegas, ville de loisirs, est le « modèle de la cité postmoderne », selon Didier Ottinger. Exemple à suivre pour les uns, cauchemar architectural pour les autres, Helldorado influence les artistes par son gigantisme miniaturiste que l'on retrouve dans les photographies d'Olivo Barbieri, Thomas Struth, Martin Parr ou Hermine Bourgadier. En contrepoint, le Disneyland et le projet EPCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow) de Walt Disney représentent une version futuriste, enchantée et souriante de Las Vegas.Ce discours univoque des cités de loisirs fait écho au « façadisme » que le spécialiste d'architecture Lluis Grassot, cité par Didier Ottinger, qualifie de façon très imagée de « sodomie architectonique ». Les villes-décors sont illustrées par les photographies de façades décharnées de Stéphane Couturier, la grande toile d'Ed RuschaThe Back of Hollywood, montrant le dos du célèbre insigne, ou un extrait du Truman Show de Peter Weir dans lequel Jim Carrey palpe littéralement les limites de son univers.Plus contemporain, le phénomène Dubaï, dont les projets urbanistiques sont montrés de façon assez complaisante dans l'exposition, est analysé très justement par François Cusset dans le catalogue comme « une ville sans ville, un marché sans limites, un pouvoir sans peuples, une folie hors du temps et de l'espace et une surenchère fébrile dans la copie pour qu'enfin le réel ne soit plus un problème ». Manière définitive de solder l'utopie des Luna Parks du passé. Dreamlands, des parcs d'attractions aux cités du futur, au Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 9 août 2010. www.centrepompidou.frCatalogue Dreamlands, sous la direction de Didier Ottinger et Quentin Bajac, éditions du Centre Pompidou, 320 pages, 49,90 euros.La bande-annonce de l'exposition :
Exposition Dreamlands au Centre Pompidouenvoyé par centrepompidou. - Regardez plus de courts métrages.Illustrations :1. Allan deSouza, The Goncourt Brothers stand between Caesar and the Thief of Bagdad, 2003. Courtesy : Allan deSouza and Talwar Gallery, New York / New Delhi2. Pierre Huyghe. Streamside Day, 2003EvénementTransfert vidéo et film, 26 min / couleur, sonCourtesy Marian Goodman Gallery Paris/New York© Pierre Huyghe / Adagp, Paris
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