
Le règne de Mike Kelley, l'un des artistes contemporains les plus influents de la côte Ouest des Etats-Unis et, osons le dire, de la deuxième moitié du XXe siècle, s'est achevé hier, le 1er février 2012, dans la chambre de sa maison de Los Angeles, à l'âge de 57 ans. L'artiste-peintre-performeur-musicien-réalisateur et curator né à Détroit en 1954, qui souffrait d'une dépression depuis plusieurs années (d'après les dires de la galeriste new yorkaise Helene Winer), s'y serait donné la mort. Un règne court, aussi glorieux que tragique dans son dénouement. Les fans du groupe Sonic Youth le connaissent pour avoir signé en 1992 la pochette de l'album Dirty ; les marchands d'art pour ses oeuvres vendues à prix d'or ; les amateurs pour ses poupées de chiffon géantes et ses animaux en peluche, ses dessins salaces aux couleurs criardes et son commissariat The Uncanny (2004), incroyable fourre-tout nourri aux théories freudiennes. Ses détracteurs lui reprochent son penchant immodéré pour la low culture et sa vulgarité trempée d'immoralisme et de scatologie, son "esthétique foutoir", ses irrévérences vis-à-vis du mythe américain, de la religion et du bon goût. Bref, son intarissable impertinence. Proche des artistes Jim Shaw, Tony Oursler (avec qui il fonde le groupe rock-punk Les Poetics) et Paul McCarthy (qui collabore sur ses projets performatifs et multimédias à partir de 1996), plébiscité par les institutions muséales (cf. ses rétrospectives au Witney Museum de New York et au LACMA de Los Angeles), représenté par la prestigieuse Gagosian Gallery, Mike Kelley s'éteint au sommet de sa carrière artistique. Des lauriers coupés trop tôt, qui laissent le monde de l'art hébété, et la scène californienne quasi orpheline. Jusqu'au 23 février, la galerie Hussenot à Paris présente l'une de ses oeuvres dans son exposition collective : Blabla et Chichi sur un bateau. Une occasion de rendre un dernier hommage à cet enfant terrible et chéri de l'art contemporain.
Photo par Cameron Wittig / Courtesy Walker Art Center, Minneapolis. Mike Kelley
Par Céline Piettre Follow @CelCle