
Francesco Vezzoli, bien sûr, celui qui a fait pleurer des larmes de diamant à Elisabeth Taylor, métamorphosé Natalie Portman et Michelle Williams en furies avides de parfum dans une publicité réalisée par Roman Polanski et produit Lady Gaga au gala du MOCA en 2009. Depuis quelques années, l'artiste italien de 41 ans, familier des stars et des strass, est devenu un virtuose dans l'art des mondanités. A tel point que l'on finit par douter de sa posture critique et de son autonomie vis-à-vis de son principal « sujet d'étude » : le show-business. Présenté jusqu'à la fin février à Venise et à Paris, dans deux expositions collectives, le beau gosse de l'art contemporain expose ses contradictions sur les cimaises et dans les medias. 24 Hours MuseumL'année 2012 a commencé sous le feu des projecteurs pour Francesco Vezzoli. Fin janvier, il est choisi par la marque Prada pour organiser une exposition VIP de 24 heures dans le très confidentiel Palais de Iéna à Paris. Il transforme ce lieu de vie politique - le conseil économique, social et environnemental y siège depuis 1959 - en un banquet où les fantômes de la Rome antique cohabitent pour quelques heures avec Catherine Deneuve ou Dita Von Teese. Et il a beau y présenter ses marbres détournés (venus pudiques aux visages d'actrices ou double autoportrait en Persée et Méduse), la supercherie ne fonctionne pas. Ou trop bien justement. Sous les boules à facettes, la confusion entre art et divertissement se fait totale. L'oeuvre de Francesco Vezzoli, qui se veut le miroir (déformant) d'une société de pacotille, perd de sa distance critique. L'ironie se dilue dans l'événementiel. L'âge d'orIl y a pourtant eu un temps où ce coureur de stars usait plus finement de ses relations avec Hollywood. En 2007, le film Democrazy (présenté jusqu'au 21 février 2012 au Palazzo Grassi à Venise) pastichait un débat entre deux candidats à la présidence des Etats-Unis : Bernard-Henri Levy en démocrate attentif et Sharon Stone en républicaine triomphante. La vidéo révèle en une minute l‘obscénité du « cirque » médiatique et de la rhétorique politique. Brillant autant que cynique. A l'époque, on appréciait encore le double jeu du jeune Vezzoli, sa fascination ambivalente pour les people, si révélatrice des mentalités contemporaines. On voulait bien croire à son surréalisme baroque, à ses hommages à Fellini (Eva Mendes rejouant la Dolce Vita au Jeu de Paume en 2010) et à son insolence à la limite du grotesque. Avec, cerise sur le gâteau pour un natif de Brescia, la séduction d'un Casanova et la bouffonnerie réaliste d'un Goldoni. L'âge de fer Quelques années plus tard, Vezzoli semble s'être noyé dans son propre reflet à force de s'y mirer. Lui qui affirme presque à chaque interview : « Je n'ai pas un rapport conflictuel mais conceptualisant avec le glamour » a usé le terme jusqu'à la moelle. Du concept, il ne reste que le squelette. Les deux bustes en marbre actuellement présentés chez Yvon Lambert (jusqu'au 25 février) apparaissent comme l'allégorie d'une fin de règne. L'un représente l'artiste sous les traits du dieu soleil Hélios ; l'autre est la réplique d'une sculpture de Jean-Léon Gérôme, la déesse de la lune. Ils se font face, tels les deux pendants d'un même académisme décoratif - Jean-Léon Gérôme s'est opposé farouchement aux avant-gardes de son temps. Et, comme le souligne habilement Lunettes Rouges dans son blog, Hélios, écrit en grec sur le socle, est mal orthographié. La citation, elle-même, subit les affres de la décadence. Décadent, oui. Francesco Vezzoli l'est. Mais pas à la manière d'un Don Juan ou d'un Sade, jouisseurs, frondeurs, anticonformistes. Lui, au contraire, épouse avec un peu trop d'entrain les protubérances de son siècle.
Francesco Vezzoli, Autoportrait Helios vs Selene par Jean-Léon Gérôme, 2012. Courtesy Yvon Lambert.
Par Céline Piettre Follow @CelCle