
La notion de plagiat dans l'histoire de l'art est depuis toujours à la fois un sujet passionnant et un faux problème. C'est aussi le cas en littérature, comme le démontrait récemment Michel Houellebecq, qui assume largement d'avoir eu recours à des articles de Wikipedia à peine modifiés pour étoffer son dernier roman, , reprenant là une tradition qui remonte à Lautréamont et à Jules Verne, et sans doute bien avant encore.En musique, on connaît le mode du sampling, et au cinéma les citations plus ou moins littérales sont légions. Dans les arts plastiques, la copie est à l'origine même du processus créatif : tout l'art de la Rome antique n'est qu'un « plagiat » de l'art grec, et les peintres de la Renaissance (qui souvent travaillaient à plusieurs sur une même toile) se copiaient les uns les autres via les modelli diffusés par la gravure. Même si toute une législation existe à ce sujet, teinter la pratique de la copie d'une valeur négative n'a donc pas réellement de sens dans le domaine artistique, dès lors que toute forme provient d'une autre, et que l'« image mentale » qui mène à la création d'une oeuvre d'art (voir à ce sujet l'ouvrage collectif ImagoDrome publié récemment par les éditions Monografik sous la direction d'Alexandre Castant) est un processus extrêmement complexe, impliquant souvent des emprunts, conscients ou non, aux oeuvres des autres.Dernière victime en date du soupçon de plagiat dans le champ de l'art, Damien Hirst est accusé par un de ses compatriotes, Charles Thomson, fondateur du mouvement « stuckiste » qui, selon Wikipedia, « prône une peinture figurative en réaction à l'art conceptuel, et particulièrement à celui du courant des Young British Artists » — auquel appartient Hirst —, d'avoir emprunté à d'autres artistes l'idée d'une quinzaine de ses oeuvres (voir son article sur le site stuckism.com). Parmi elles, on retrouve celles qui ont fait la célébrité de Damien Hirst : les armoires à pharmacie (volées à Joseph Cornell), les toiles à gros points (d'après Thomas Downing ou John Armleder), le crâne incrusté de diamants (d'après John LeKay, auquel Hirst doit beaucoup, selon Thomson), ou le fameux requin dans le formol (d'après une oeuvre d'Eddie Saunders).Si la démonstration de Thomson est assez convaincante, accuser de plagiat cette petite « cuisine » de l'artiste, vampirisant le travail de ses collègues, ou s'inspirant, dans le cas des animaux coupés en deux chez Hirst, d'illustrations d'ouvrages de médecine, paraît aujourd'hui plutôt dépassé. Le succès phénoménal de l'artiste n'est sans doute pas pour rien dans cette campagne de dénigrement. Pourtant, à l'ère du post-post-modernisme, la copie est elle-même une pratique presque démodée.
Via ArtinfoPhoto : Robert Dixon, True Daisy, 1991 / Damien Hirst, Valium, 2000.
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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