Cyprien Gaillard, artiste en friche Le Prix Marcel Duchamp 2010 au Centre Pompidou

27/09/2011 - 11h43
  • 0
Cyprien Gaillard, artiste en friche
Cyprien Gaillard, 31 ans et un Prix Marcel Duchamp en poche, s'impose déjà comme l'un des artistes français dont le talent s'exporte le mieux à l'étranger. Consécration précoce, il expose au Centre Pompidou. Portrait du gaillard et visite de l'expo.

Autant dire qu'on l'attendait de pied ferme, cette exposition de Cyprien Gaillard au Centre Pompidou. Lauréat l'an passé du Prix Marcel Duchamp (on n'a d'ailleurs jamais caché que c'était notre chouchou) à tout juste 30 ans, le jeune artiste contemporain fait se pâmer le petit monde de l'art. Adepte d'un romantisme de la ruine qui sied bien à une époque un peu trop fière d'elle-même, Gaillard aime les friches, les non-lieux, les architectures spectrales. Conservateur contrarié, il célèbre la disparition des choses et le délitement des utopies, se révèle comme glaneur indolent de formes mais aussi promoteur herculéen, capable de déplacer littéralement des montagnes pour mettre à jour les traces du passé.TitanesqueAinsi à la FIAC 2010 on avait été émerveillé par sa vidéo {Dunepark}, qui montrait l'excavation d'un ancien bunker de la Seconde Guerre mondiale sous une colline aux Pays-Bas, geste de titan digne des figures tutélaires du Land Art, notamment de Robert Smithson, dont l'artiste se réclame. Début 2011, Cyprien Gaillard organisait au KW Institute for Contemporary Art de Berlin la destruction pack par pack d'une montagne de bières Efes, ingurgitées par des visiteurs très égayés. En sous-titre, il fallait voir dans cette performance, intitulée {The Recovery of Discovery}, une référence aux ruines grecques de l'autel de Pergame à Ephèse (cité de la côte turque), transportées en Allemagne au XIXe siècle, et une métaphore du cannibalisme colonialiste et touristique. S'intéressant ainsi aux mouvements de masse, Cyprien Gaillard filmait en 2007 une baston entre supporters de foot, reprise pour le clip du titre See You All de Koudlam.D'autres oeuvres de l'artiste font plus dans la légèreté, comme sa série de gravures {Belief in the Age of Disbelief}, qui juxtapose des vues paysagères du XVIIe siècle à des barres HLM contemporaines, ou ses Polaroïds, les {Geographical Analogies}. Une grande partie d'entre eux sont visibles dans l'exposition UR que le Centre Pompidou consacre au jeune artiste. Référence à la cité mésopotamienne, mère de toutes les cités, mais aussi au célèbre label de musique techno Underground Resistance, made in Detroit, ville industrielle en plein déclin, ainsi qu'au renouveau urbain (« urban renewal ») lancé à la fin du XIXe siècle en Europe et aux Etats-Unis, UR fait (un peu trop facilement) office de mot-valise pour évoquer grandeur et décadence des civilisations urbaines.Grandeur et décadenceUn brin décevante quand on connaît le talent du jeune homme pour le monumental et le spectaculaire, l'expo de l'Espace 315 du Centre Pompidou aligne sagement des images prises au Polaroïd, support photographique instable dont les contours déjà s'estompent, rangées par affinités formelles ou affectives dans des caissons au fond concave. A l'entrée, un profil d'homme issu d'un relief de Khorsabad, prêté par le Louvre, veille sur les visiteurs, du haut de ses quasi trois millénaires. Se détachant au centre de la pièce, dans une pénombre qui évoque un studieux cabinet de dessins, des structures métalliques, dont la forme rappelle celle des Polaroïds assemblés par grappes de neuf, supportent des enjoliveurs de voiture. Hormis leur intérêt plastique, ces sculptures ready-made feraient référence, nous dit-on, à l'industrie automobile, donc à Detroit, donc à UR, et ainsi de suite. L'exposition de Cyprien Gaillard pourrait se passer de ce storytelling un peu fumeux… On préfèrera la savourer comme un pur délice formel, empreint d'un doux parfum de réconciliation intime avec une Histoire laissée en friche.Cyprien Gaillard, {UR}, au Centre Pompidou, Espace 315, Paris, du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012. www.centrepompidou.frLégendes des images :. Cyprien Gaillard, {The Recovery of Discovery}, 2011, installation au KW Institute for Contemporary Art, Berlin, 27 mars-22 mai 2011.. Cyprien Gaillard, {Dunepark}, vidéo, 2009. Copyright Cyprien Gaillard. Courtesy Galerie Bugada & Cargnel, Paris / Sprüth Magers, Berlin, London / Laura Bartlett Gallery, London.. Cyprien Gaillard, {Geographical Analogies}, 2006-2011, mixed media. Copyright Cyprien Gaillard. Courtesy Galerie Bugada & Cargnel, Paris / Sprüth Magers, Berlin London / Laura Bartlett Gallery, London

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship