
Certaines expositions c'est hélas souvent le cas bénéficient d'une médiatisation qu'elles ne méritent pas. C'est le cas de {Contrepoint. L'art contemporain russe, de l'icône à l'avant-garde en passant par le musée}, présente par le musée du Louvre comme le pendant de l'exposition Sainte Russie, que l'institution consacrait au début de l'année à l'art russe pré-moderne (notamment religieux). Ces deux manifestations ont été organisées dans le cadre de l'année France-Russie 2010, échangé policé d'événements culturels répartis entre les deux pays.Procès en inquisitionOr, comme le souligne
, «{ l'amicale année franco-russe ne doit pas masquer les procès en inquisition qui plongent la scène artistique russe contemporaine dans un climat de terreur diffuse} ». En cause, des procès et des condamnations contre des artistes jugés subversifs, mais aussi des commissaires d'exposition : Youri Samodourov et Andreï Erofeev, organisateurs en 2006 de l'exposition {Art interdit}, qui montrait des oeuvres censurées lors de manifestations précédentes, ont été condamnés à de lourdes amendes pour « incitation à la haine », malgré la levée de bouclier des ONG, notamment Amnesty International et Human Rights Watch.Récemment, le cas d'Avdeï Ter-Oganian, artiste réfugié en République tchèque suite à une performance lors de laquelle il détruisit des icônes orthodoxes, a fait sursauté la presse française et russe. Les tableaux de l'artiste, invité à participer à l'exposition {Contrepoint} du Louvre, avaient été interdits de sortie du territoire russe, jusqu'à ce que le musée obtienne l'accord du gouvernement. Ces impressions sur toiles de motifs abstraits sont librement inspirées du suprématisme de kasimir malevitch, et assorties de sous-titres ironiques écrits en russe (traduits dans les cartels du Louvre), tels que « {Cette oeuvre appelle à commettre un attentat contre l'homme d'Etat vladimir poutine dans le but d'arrêter son activité étatique et politique} », ou « {Cette oeuvre a pour but d'humilier les Russes et les Juifs} » références implicites à une interprétation exégérement subversive de l'art abstrait, et plus généralement de l'art moderne. Lors du vernissage, l'artiste, tenu à l'écart de la salle d'exposition, tenta de créer un esclandre, réclamant le soutien à l'un de ses compatriotes, Oleg Mavromatti, exilé en Bulgarie. En vain...NégociationsPourtant les oeuvres de Ter-Oganian, finalement parvenues en France, paraissent très sages, comme la plupart des oeuvres exposées ici, dans les fossés du Louvre médiéval. L'aspect lugubre et le caractère souterrain et claustrophobique des lieux siéent parfaitement à l'exposition dont on se demande pourquoi elle n'a pas eu lieu au Centre Pompidou ou au Palais de Tokyo , très décevante et assez peu représentative d'un art contemporain russe traversé de tensions et d'actes sauvagement anticonformistes. On sent que la liste des oeuvres a été très « négociée », en étroite collaboration avec des institutions russes. {Contrepoint} a été co-organisée avec deux structures moscovites, l'une publique (le National Center for Contemporary Art/NCCA), l'autre privée (la Stella Art Foundation). Par ailleurs, la plupart des artistes sont représentés par une seule et même galerie, celle de Marat Guelman, marchand d'art le plus important de Russie, également directeur du Musée d'art contemporain de Permm, qui prête une dizaine d'oeuvres...Une vision imparfaite de l'art contemporain russeIci rien de politiquement incorrect, malgré la présence d'artistes comme les Blue Noses, performeurs satiriques, ou le collectif AES+F, connu pour ses immenses fresques décadentes. A quelques exceptions près, on en reste ici à de pudiques allusions à l'histoire de l'art russe ou français.C'est dans le jardin des Tuileries, (enfin) à l'air libre, qu'il faut aller chercher l'oeuvre la plus emblématique de l'exposition, et par extension, de la situation actuelle. La Rotunda II d'Alexander Brodsky est un pavillon ovale évoquant un kiosque à l'ancienne, dont les murs ne sont que des portes ou fenêtres. Dans cet étrange objet architectural, qui n'est jamais totalement ouvert ni fermé, le visiteur bénéficie d'une vision panoptique à 360°, partiellement obstruée. Telle n'était sans doute pas l'intention de l'artiste, mais l'intrigante rotonde apparaît comme une parfaite métaphore de notre vision actuelle, imparfaite, d'un art contemporain russe en perpétuel mal de visibilité.{ Contrepoint. L'art contemporain russe, de l'icône à l'avant-garde en passant par le musée }, au musée du Louvre, jusqu'au 31 janvier 2011.www.louvre.frIllustrations :. Erik Boulatov, {Liberté}, 1992, collection Lorquin. Avdeï Ter-Oganian, {Radical Abstractionism}, 2005, Permm Museum of Contemporary Art. The Blue Noses, {The Era of Mercy}, 2005. Courtesy galerie In situ/Fabienne Leclerc, Paris. Alexander Brodsky, {Rotunda II}, 2010, Permm Museum of Contemporary Art