
Présentée jusqu'au 8 janvier prochain, l'exposition « 2001-2011, Soudain, déjà », concoctée par Guillaume Désanges, rassemble trente artistes diplômés de l'École nationale des beaux-arts de Paris, choisis parmi les quelques 1086 étudiants qui les ont fréquentés en une décennie. Selon lui, cette génération « assume, à son corps défendant, une mission héroïque : l'entrée dans un nouveau siècle de création » et « débute avec l'événement majeur d'une nouvelle ère, les attentats du 11 septembre 2001, qui ont bouleversé l'ordre du monde ». C'est donc à partir de ces deux fils conducteurs - du sang neuf créatif et des actualités sur dix ans - qu'il a imaginé une scénographie en collages et cloisons où oeuvres et extraits de journaux du Monde, de Courrier international et de Paris Match se font écho.
Une génération en porte-infos
Un pylône en métal échoué sur le sol, sculpture monumentale de Simon Boudvin nous accueille dès l'entrée du bâtiment. Puis la visite se poursuit par la désormais incontournable vidéo Projection de Laurent Grasso montrant un nuage de fumée filmé en travelling arrière et qui engloutit tout sur son passage. Un coup d'oeil à gauche et l'on aperçoit les unes des journaux de 2001 affichant les tours du World Trade Center en feu, top départ d'une frise d'informations regroupant un choix partial du commissaire qui court tout le long du parcours d'exposition. Le lien entre les oeuvres Grasso/Boudvin et le 11 septembre est assez direct, un peu trop même. Et Guillaume Désanges s'est chargé pour nous d'établir ce genre de relations toute l'exposition durant entre une oeuvre et une actualité de son choix, par un jeu de fils de couleurs qui relie un cartel à un extrait précis de journal. Du moins au début de l'exposition, car les fils finissent par se perdre dans les hauteurs du rez-de-chaussée sans qu'on puisse suivre leur parcours. Désanges affiche ici un parti pris intéressant de curateur - créer des liens entre les oeuvres et les événements du monde de 2001 à 2011 -, mais aussi son défaut majeur : orienter, voire enfermer une oeuvre dans une interprétation précise, tout en se défendant d'avoir voulu le faire. Le commissaire de talent qu'il est habituellement semble avoir pensé l'exposition à l'envers : partir des titres de journaux, qu'il a choisis majoritairement déprimants, « Apocalypse Now », « Toutes les raisons d'être pessimiste au XXIe siècle », « Le Don de la mort », « Et si nous disparaissions comme les Mayas ? » pour n'en citer que quelques-uns, en passant par les images de cyclones, tremblements de terre et autres catastrophes naturelles qui se sont succédés depuis 2001, et piocher ensuite des oeuvres dans le corpus des beaux-arts, qui ne sont pas censées y faire référence mais quand même un peu.
Finalement, on a une bien mince idée de ce qu'a produit cette fameuse première génération du millénaire à l'Ecole des beaux-arts de Paris tant les oeuvres sont cloisonnées physiquement et symboliquement. On en vient à regretter que l'idée initiale de Guillaume Désanges - faire une rotation des oeuvres des 1086 étudiants - ne se soit pas faite pour des questions logistiques qu'on peut comprendre, car elle aurait sans doute donné un peu plus d'énergie et d'ouverture à l'ensemble.
