
Alors qu'en France plusieurs expositions mettent en avant l'art contemporain indien — notamment Indian Highway au Musée d'Art contemporain de Lyon, à partir du 18 février, Anish Kapoor pour Monumenta au Grand Palais, à partir du 11 mai, et Paris, Delhi, Bombay, au Centre Pompidou, à partir du 25 mai —, et que l'Inde prévoit la création à New Delhi d'un musée d'art moderne équivalent à la Tate Modern de Londres, l'année 2011 voit l'arrivée en force sur la scène de l'art contemporain des pays émergents, grâce à des économies en expansion, un marché de l'art en pleine croissance et des collectionneurs richissimes.L'évocation de la présence, à la prochaine Biennale de Venise, de la Chine et l'Inde, nouvelles super-puissances, est symptomatique : les pays occidentaux doivent maintenant faire de la place, en commençant par libérer quelques-uns des 32 pavillons des Giardini de Venise. Comme le révèle The Art Newspaper, des pays comme l'Argentine, le Chili, le Mexique, le Portugal, les Emirats arabes et Bahreïn sont actuellement en discussion pour l'obtention d'un pavillon permanent à Venise, tandis que la Biennale restaure d'anciennes casernes militaires, notamment la Salle d'Armes de l'Arsenal, afin de proposer des concessions payantes (environ 1,5 millions d'euros pour 20 ans) à divers pays comme le Bangladesh, la Malaisie, le Rwanda ou l'Arabie saoudite. Comme on pouvait le craindre, l'émergence de ces nouveaux pays se fait sur fond de nationalisme exacerbé. Citée par le Guardian, la curatrice de la Biennale de Venise 2011, Bice Curiger, ne voit pas de contradiction entre le thème qu'elle a choisi — la globalisation sans limites de l'art contemporain — et la présentation des artistes dans des pavillons nationaux, qui selon elle, « au contraire, peuvent permettre de renvoyer à la question de l'identité ». Le concept de nation sera en effet au coeur des expositions, Bice Curiger souhaitant interroger chaque artiste sur l'idée de « l'art comme nation ». Alors que, dans le contexte de la globalisation, les artistes n'ont jamais été aussi nomades (voir le concept de « radicant » théorisé par le critique d'art Nicolas Bourriaud), on est donc encore loin du dépassement des nationalismes dans le champ de l'art. Carrefour d'échanges internationaux depuis près d'un millénaire, Venise restera sans doute encore pour longtemps le lieu d'une compétition absurde, plus ou moins avouée, entre les nations. Lire également : . la critique de l'exposition China Design Now au Victoria & Albert Museum de Londres en 2008. l'analyse "Restitutions d'oeuvres d'art : vers un changement des mentalités ?"Photo : India Now, Londres, 2007. Courtesy Bijon das Gupta et Suchi Chidambaram © Ray Tang / Rex Features
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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