Ariane Michel : dompter le regard

28/04/2010 - 13h15
Ariane Michel : dompter le regard
L'auteur
Lesauvage  Magali
Magali Lesauvage
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 Il y a trois ans de cela, à l'occasion d'un « Art Statement » à la foire de Bâle, Ariane Michel emmenait au beau milieu de la nuit quelques happy few dans les bois environnant la cité helvétique. Là, la projection d'images d'une forêt attendait les spectateurs, qui se retrouvaient ainsi à la fois regardeurs et regardés. Œuvre en abyme, The Screening (2007) procède d'une forme de lien direct avec la nature, voire d'animisme que l'on retrouve dans le long-métrage réalisé par Ariane Michel, Les Hommes (2006), expédition au Groënland filmée à ras du sol, exploration mimétique de l'être animal.

Après une exposition à l'Espace Croisé de Roubaix cet hiver, la Fondation d'entreprise Ricard et la galerie Jousse Entreprise, à Paris, présentent actuellement des oeuvres récentes de l'artiste. Depuis plusieurs années, Ariane Michel ne cesse de sillonner le globe à la recherche d'un contact authentique avec la nature, qu'elle filme sans relâche. Accompagnant des expéditions scientifiques, l'artiste part à la recherche d'animaux de légendes : morses au corps informe se fondant dans le paysage minéral du Groënland (Sur la terre, 2005), créatures préhistoriques fossilisées, comme le mammouth émergeant comme par miracle de La Cave (2009), ou survivants de la nuit des temps comme ces chevaux de Przewalski réintroduits dans la steppe mongole (La Ligne du dessus, 2010).Désignant l'empathie comme mode d'appréhension du monde, Ariane Michel apporte un regard muet, non analytique, à une réalité recomposée par un montage précis, souvent cyclique. L'homme, dans ses oeuvres, est invisible, anonyme, muet comme le sont les bêtes, mais il partage avec elles un être au monde commun. Dans La Cave, le scientifique gratte la glace qui emprisonne un mammouth, découvrant ses poils épais, comme une caresse à l'animal provenant d'une autre ère. La réciprocité de la vision est à l'oeuvre, comme dans Le Faisceau (2010), traque scopique d'un animal circonscrite par une lampe-torche : le regard déplace, éloigne son objet, le maintient à distance.

Le travail d'amplification du son ambiant apporte paradoxalement à la fois une certaine étrangeté et un degré de réalité supplémentaire : râle des morses de Sur la terre, vibration chantante de la cale du navire Tara dans Les Hommes, souffle et bruits de pas du chercheur dans La Cave ou bourdonnement des moustiques du Camp (2010). Combinant les séquences temporelles, Ariane Michel étire le temps et l'espace : La Ligne du dessus se déploie sur quatre écrans, qui démultiplient la ligne d'horizon de la steppe, à laquelle répond en écho la « ligne du dessus » des chevaux (qui va de la crête de l'encolure à la queue), forme synthétique utilisée par les peintres de Lascaux pour dessiner les quadrupèdes. Animaux impossibles à apprivoiser, ces chevaux de Przewalski sont ici captés au plus près de leur vérité. Domptés par le regard, leur réalité n'aura jamais été aussi tangible. A voir :Ariane Michel. Paléroama, jusqu'au 12 mai 2010 à la Fondation d'entreprise Ricard, Paris. www.fondation-entreprise-ricard.comAriane Michel. Le Camp, à la galerie Jousse Entreprise, Paris, du 29 avril au 29 mai 2010. www.jousse-entreprise.comPhotos : Ariane Michel, La Ligne du dessus, 2010, quadriptyque vidéo, 24 min, production Espace Croisé, et La Cave, 2009, vidéo, 13 min. Courtesy Ariane Michel et Jousse Entreprise, Paris

Par Magali Lesauvage

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