Après Kubrick, le monolithe d'Etienne Chambaud

03/02/2012 - 16h00
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Après Kubrick, le monolithe d'Etienne Chambaud
L'auteur
Piettre Céline
Céline Piettre

 

Posé nonchalamment contre le mur de la galerie Bugada et Cargnel, le parallélépipède rectangle noir-charbon d'Etienne Chambaud, fac-similé du fameux monolithe de Stanley Kubrick - celui de 2001 : l'odyssée de l'espace bien sûr - aspire le regard. Avec sa silhouette minimale et énigmatique, il est le centre de gravité de la superbe exposition « I should learn to look at an empty sky and feel its total dark sublime », présentée jusqu'au 10 mars rue Rebeval, et qui réunit, pour un deuxième volet, une sélection d'oeuvres contemporaines en lien avec l'art abstrait. Singeries La petite histoire de ce monolithe version arts plastiques commence en 2005 au Zoo de Mulhouse. L'artiste installe son « décor » dans l' « arène des macaques », le confrontant ainsi, comme dans le film de Stanley Kubrick, à un groupe de primates. La scène est retranscrite en direct au Centre d'art de Lausanne. Diffusée en streaming, donc sans enregistrement vidéo, la performance ne dure que le temps de l'exposition suisse, soit quelques mois. Le monolithe présenté aujourd'hui chez Bugada et Cargnel en est l'unique vestige.Contrairement à ce qu'il se passe dans le film de Kubrick, sa présence n'a évidemment que peu d'effets sur la communauté de singes. Aucune révélation ni salut n'en découle - rappelons que dans 2001 l'apparition du bloc mystérieux semble être à l'origine de la découverte de l'outil par les primates et permet, en même temps que la survie du groupe, leur entrée dans l'humanité. Réactivée dans le réel, l'expérience cinématographique est profondément déceptive. Par ce déplacement, la raison, la technique, le progrès, la transcendance - que symbolise tout à la fois le monolithe kubrickien - sont mis en échec. Pas besoin, comme chez Kubrick d'attendre la fin du film. Ici, l'humanité montre d'emblée ses contradictions. Le sample les amplifie. La citation crée une atmosphère tantôt burlesque, tantôt apocalyptique. Abrégé de l'art abstrait Mais le monolithe expatrié garde son aura intacte. Objet étrange, hors du monde, il continue de fasciner même dans l'espace aseptisé de la galerie d'art. On peut y voir une réflexion sur la captivité (avec le zoo comme domicile temporaire) ou la mort des idéologies : connaissance, progrès, bien et mal, histoire de l‘art et des formes - le monolithe n'est-il pas aussi une stèle ? On pourrait aussi gloser sur les liens entre l'art minimal et le cinéma de Kubrick. Or ce qui nous intéresse ici, c'est le caractère « insaisissable » de cette forme pure; sa résistance à l'entendement. Dans cette exposition, le monolithe fonctionne comme un haïku dédié à l'art abstrait. Un petit poème visuel qui trace, avec seulement quelques angles et des lignes droites, un autre espace, métaphysique. Monochrome, sculpture, allégorie, équation géométrique, livre-écran, totem ou trou noir, le Troupeau du dehors est d'abord une énigme. Révélée par la couleur sombre, la lumière y glisse sur la surface, écho à l'aube crépusculaire des premières minutes de l'odyssée kubrickienne.  

 

Etienne Chambaud, Le Troupeau du dehors, 2004. Peinture sur aluminium. 200 x 90 x 25 cm. Pièce unique. Courtesy Galerie BUGADA & CARGNEL © Martin Argyroglo

 

 

 

Par Céline Piettre

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