
Avec la disparition d'Antoni Tapiès - l'artiste catalan de 88 ans est mort le 06 février à Barcelone où il résidait -, c'est tout un pan de l'art du XXe siècle qui s'est éteint définitivement avec lui. Le peintre et sculpteur né en 1923 avait fréquenté les surréalistes et les dadaïstes, Juan Miro et le poète Joan Brossa, avec qui il fondait le groupe Dau al Set en 1948. Puis vint le tour des américains Willem de Kooning et Franz Kline, du mouvement Gutaï qu‘il fit connaître en France, et de la plongée à mains nues dans ce que Tapiès nomma lui-même « l'art informel» : un expressionnisme abstrait sali au « tachisme ». Un matiérisme » donnant la part belle aux matériaux pauvres et non picturaux : sable, poudre de marbre, ficelle, corde, paille, papiers... et qui intègrera même des objets à partir des années 1980. Son installation Rinzen, constituée d'un lit presque démantelé et d'une série de chaises, reçoit le Lion d'or de la Biennale de Venise en 1993. Si avec le temps, des signes, des symboles identifiables comme la croix (qu'il utilisera dans sa signature) se retrouvent de plus en plus dans ses oeuvres, sa peinture-sculpture reste un chaos, un « champ de bataille » comme il aime à la décrire, « où les blessures se multiplient à l'infini » - meurtrie, griffée, lacérée, défigurée par les empâtements, démantibulée. Siège de pulsions mais aux vertus cathartiques, « talisman » (le mot est de lui) qui guérit ceux qui le regardent. On reconnaît aujourd'hui cette fièvre libératrice chez Miquel Barcelo ou Anselm Kiefer.Toute de briques vêtue, couverte d'une sculpture-barbelés de l'artiste, sa fondation à Barcelone réunit un panorama impressionnant de son oeuvre. Un beau lieu pour une visite posthume. Au coeur même de la cité qui l'a vu naître, commencer à peindre et mourir.
Antoni Tapiès, Rinzen, installation, 1992-93. MACBA. Copyright Céline Piettre.
Par Céline PiettreFollow @CelCle