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sur FluctuatIl peut sembler assez idiot de procéder à un classement dès lors qu'il s'agit d'évoquer des oeuvres d'art, mais si l'on devait faire un bilan rétrospectif des quatre éditions successives de Monumenta, série d'invitations faites aux plus grands artistes d'aujourd'hui (et aussi les plus médiatisés), l'oeuvre d'Anish Kapoor, {Leviathan}, est certainement celle qui aura le mieux réussi à se mesurer à l'architecture somptueuse du Grand Palais, tout en produisant un dialogue puissant avec le spectateur. L'artiste britannique d'origine indienne, qui travaille actuellement à la réalisation de la tour ArcelorMittal Orbit pour les J.O. de Londres 2012, retrouve là le « sublime », notion philosophique des Lumières à laquelle il se dit attaché, que l'on pouvait ressentir face à l'installation {Marsyas}, titanesque trompe rouge s'étirant dans le Turbine Hall de la Tate Modern en 2002.Cavité utérineAprès les verticales en ruines d'Anselm Kiefer, les sculptures en tension horizontale de Richard Serra et l'accumulation textile et eschatologique de Christian Boltanski, l'installation d'Anish Kapoor est un véritable retour à la vie. On y pénètre par le flanc Est du Grand Palais, immédiatement absorbé dans un espace, une membrane pneumatique, qui paraît au premier abord assez étroit, monumentale cavité utérine aux parois rougeâtres où la pression et la chaleur sont intenses. Trois alvéoles se découpent en hauteur, perçant des perspectives énigmatiques. L'oeil et le corps mettent un certain temps à s'adapter à ce contexte amniotique que certains pourront ressentir comme oppressant, d'autres plutôt rassurant. Lorsque le soleil donne sur le bâtiment, la dentelle métallique du Grand Palais vient se dessiner sur les courbes et contre-courbes, hommage féérique à cette architecture utopique de l'Exposition universelle de 1900.Courbes sensuellesAu sortir de cette sorte de chapelle primitive, on accède à la nef du Grand Palais, où s'épanouit la sculpture aux proportions démesurées 100 mètres de long, 17 mètres de haut, 72.000 m3. Gigantesque bâche gonflée à l'hélium, {Leviathan}, sculpture tripartite évoquant immanquablement la forme d'un utérus, s'insère dans le plan en T de la halle, frôlant de ses courbes les voûtes de métal et de verre du bâtiment, déployant ses douces rondeurs contre les portants métalliques de la nef. La couleur « aubergine » choisie par Anish Kapoor répond au « réséda » de l'architecture 1900. L'oeuvre n'est jamais visible entièrement, le spectateur circule entre ses courbes, se confronte à l'enflure de ses sphères, passe sous ses arches dont la cambrure sensuelle rappelle les formes d'un corps féminin. La référence au corps est ici prégnante intérieur/extérieur, souffle, peau, membrane, sensualité tandis que le titre de l'oeuvre, Leviathan, monstre marin dont la gueule est l'antichambre des Enfers, nous rapporte à une animalité primordiale, une sensation de peur archaïque. Les sensations que l'on éprouve sont multiples, contradictoires, polysémiques. Elles font entrer {Leviathan} au rang des chefs-d'oeuvres de l'art d'aujourd'hui. {Monumenta 2011 : Anish Kapoor, Leviathan}, au Grand Palais, Paris, du 11 mai au 23 juin 2011.www.monumenta.comA noter, plusieurs événements très immersifs dans l'oeuvre d'Anish Kapoor, notamment un concert de Charlemagne Palestine, pionnier de la musique minimaliste, le 12 mai, une performance du musicien Keiji Haino le 26 mai, la reprise de la pièce {Les Temps tiraillés} de la chorégraphe Myriam Gourfink le 9 juin, ou encore un concert de Karlheinz Stockhausen et Salvatore Sciarrino le 16 juin.Illustrations :1. Anish Kapoor, {Léviathan}, Monumenta 2011, Grand Palais, Paris © Remy de la Mauviniere/AP/SIPA 2 et 3. Anish Kapoor, {Léviathan}, Monumenta 2011, Grand Palais, Paris © Magali Lesauvage