A contre-temps : Roman Opalka à la galerie Yvon Lambert

09/09/2010 - 11h50
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Samedi dernier, à deux pas de la manifestation « contre la xénophobie d'Etat », avait lieu dans le Marais la rentrée des galeries, après-midi de vernissages apparentée pour les aficionados à un véritable marathon. Tandis que boulevard Beaumarchais les manifestants défilaient sous les banderoles « Nous sommes tous des Roms ! », la rue de Turenne et ses voies adjacentes étaient saturées de jeunes hipsters lookés venus respirer un peu d'art et de collectionneurs qui rasaient les murs. Quelques « personnalités » plus ou moins connues du monde de la culture (au sens large) se faisaient à peine remarquer — le couturier Jean-Charles de Castelbajac, l'actrice Louise Bourgoin, le chorégraphe Alain Buffard, etc.Parmi les dizaines d'expositions à découvrir ce jour-là, celle de Roman Opalka, Passages, à la galerie Yvon Lambert, se démarque du reste. Non pas que son oeuvre soit une découverte. L'artiste d'origine polonaise aura 80 ans l'an prochain. A partir de 1965, il entreprend une tâche minutieuse et quotidienne : peindre la suite des nombres, de 1 à l'infini, en blanc sur fond noir, sur des toiles de même dimension, intitulées Détail. Depuis 1972, il additionne un centième de blanc à chaque toile, si bien que peu à peu ses oeuvres vont vers le blanc sur blanc. A cela s'ajoute la réalisation à la fin de chaque toile d'un autoportrait photographique en noir et blanc, dans lequel Opalka est habillé de la même chemise blanche, le visage cadré de la même manière. Anticipée dès l'origine, seule la mort de l'artiste signifiera la fin de l'oeuvre.A la galerie Yvon Lambert, l'un des cinq Détails présentés marque le passage de 999 999 à 1 000 000. Au milieu du brouhaha, Roman Opalka est là. Son visage n'est plus celui que l'on voit sur les photographies qui s'échelonnent sur les murs blancs de la galerie, et qui sont des portraits du temps et non pas d'un homme en particulier. Validant son oeuvre par sa présence même, comme un surgissant du miroir, l'artiste arbore un sourire farceur, tandis que déjà, les visiteurs courent vers la prochaine galerie.

 

 

Roman Opalka - Passages, à la galerie Yvon Lambert, Paris, jusqu'au 9 octobre 2010 (également à la galerie Yvon Lambert, New York, jusqu'au 16 octobre 2010). www.yvon-lambert.comPhoto : Roman Opalka, courtesy galerie Yvon Lambert.

 

Par Magali Lesauvage
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