
Andy Warhol était fasciné par le petit écran. Celui qui prédisait qu'à l'avenir chacun aurait droit à son quart d'heure de célébrité (via la consécration télévisuelle, bien sûr), passait des heures devant le poste. A ce sujet, plusieurs citations de l'artiste sont éloquentes : « En revenant de chez le psychiatre, raconte-t-il, je me suis arrêté chez Macy's et j'ai acheté mon premier téléviseur, un RCA noir et blanc de 54 cm. Je l'ai emporté chez moi et j'ai aussitôt oublié le psychiatre. Je laissais la télé allumée sans arrêt, surtout quand les gens me parlaient de leurs problèmes, et je m'aperçus que la télévision me divertissait assez pour que les gens ne m'affectent plus. C'était comme de la magie ».
En attendant la grande rétrospective Warhol qui débutera le 18 mars au Grand Palais, la maison rouge (fondation Antoine de Galbert) propose une exposition originale, sur le thème de Warhol et la télé. Pour l'artiste américain, la télé est autant un formidable outil de communication qu'un répertoire de formes ou un passe-temps contre la déprime : selon Marcel Duchamp, Warhol « n'est pas un peintre ou un cinéaste. C'est un filmeur ».
L'exposition, concoctée par la journaliste Judith Benhamou-Huet, est essentiellement composée de clips par ou avec Warhol. On y (re)découvre que la télévision est au coeur des préoccupations warholiennes, de l'avènement de la couleur à l'expression de l'ego de l'artiste par l'icônisation du visage en passant par la reproductibilité de l'oeuvre d'art. Après avoir tourné dans divers spots télé, à l'instar de Salvador Dali dont il se réclame, Warhol concrétise son rêve, produire ses propres programmes. En 1964, il réalise un soap opera, dont le son est coupé, sauf au moment des pubs... Dix ans plus tard, une petite équipe, qui travaille au sein de la Factory, réalise des feuilletons à épisode unique, sur le principe des sitcoms dont Warhol est fan (il jouera en 1985 dans un épisode de La Croisière s'amuse), mais qui ne seront jamais diffusés. Puis, à la fin des années 70, Fashion, série de reportages sur la mode est diffusée sur une chaîne privée new-yorkaise. L'émission est rapidement rebaptisée Andy Warhol TV, et consiste essentiellement en interviews de célébrités, souvent par d'autres célébrités : ainsi en 1982 Steven Spielberg évoque avec Bianca Jagger son dernier film, E.T. En 85-86, Warhol tient son concept en réalisant une émission diffusée sur MTV (époque où cette jeune chaîne osait l'avant-garde) et intitulée ironiquement Andy Warhol's Fifteen Minutes, qui donne la parole à de jeunes talents : parmi eux Marc Jacobs, Cindy Sherman...L'exposition se clôt par la rediffusion télévisée de l'oraison funèbre de Warhol, en 1987 : hommage ultime à l'artiste qui plus que tout voulait être « on air ».
Quelques vidéos du maître :
Publicité japonaise pour TDK
Publicité pour Braniff Air
Pub Chanel avec Catherine Deneuve
Fifteen Minutes' trailer
Courtney Love en 1987 interviewée par Debbie Harry pour Fifteen Minutes
Fifteen Minutes - Candy Darling et Andy Warhol
warhol tv, à la maison rouge (fondation Antoine de Galbert), jusqu'au 3 mai 2009. www.lamaisonrouge.orgCatalogue de l'exposition édité par la maison rouge et Angelo Cirimele, 80 pages, 9,90 euros.Ill. Andy Warhol, TDK, commercial, 1982, Collection Andy Warhol Museum, Pittsburgh, USA © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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