
Alors qu'au musée d'Orsay, le combat des pro et des anti-photo continue (voir notamment les arguments avancés par Jean-Marc Proust, en réponse à un article de Vincent Glad paru sur Slate.fr), la journée de demain 17 mars devrait voir des milliers de visiteurs de musées du monde entier tendre leurs appareils vers les cimaises. L'idée : former lors du Picture a Museum Day un gigantesque kaléidoscope d'images de musées, alimenté pendant vingt-quatre heures par les utilisateurs de Flickr (via le groupe MuseumPics) et de Twitter (réunis par le hashtag #MuseumPics). À l'origine du projet, l'agence de communication britannique Sumo, spécialisée dans les secteurs de l'art et de la culture, qui a déjà à son actif une campagne intitulée « I Like Museums ».Comme on peut le lire dans les commentaires postés sur le mur de la page Facebook du groupe Orsay Commons, le débat est loin de se tarir. Le Louvre, dans une pub récente, met en scène un jeune visiteur photographiant La Liberté guidant le peuple de eugene delacroix, reconstitué en tableau vivant. Ce que le clip donne implicitement à voir, c'est que les usagers des musées souhaitent capturer non pas les images des oeuvres seules (dont la plupart sont facilement disponibles, gratuitement et dans une bonne résolution, sur Internet — voir également le Google Art Project), mais plutôt l'expérience muséale, ce qui se passe « autour » des oeuvres. Les photographies d'oeuvres prises dans les musées sont d'ailleurs rarement exemptes de détails qui viennent polluer l'image : têtes de visiteurs, cartel sur le côté, reflets, etc. Elles sont très souvent transmises ensuite sur les réseaux sociaux, afin de permettre au photographe de clamer au monde entier « J'y étais ». Voir le clip réalisé par Joël Alis pour le Louvre :
Les cartes postales, elles, se vendront toujours. Les visiteurs souhaitent généralement à la fois prendre des photos et acheter des cartes postales, témoignages « physiques » concrets (bien plus que les photos numériques) de leur visite, comme le rappelle André Gunthert dans son blog L'Atelier des icônes. On en revient toujours à pierre bourdieu : le musée est le lieu de l'appropriation de la « haute culture », la promesse de l'accession à une classe « supérieure ». Pourtant, les choses sont peut-être en train de changer, au fur et à mesure que la visite de musées, qui n'est plus l'apanage d'une certaine catégorie de la société, va, en se banalisant, vers la normalisation. Et c'est là qu'Internet a un rôle à jouer. Il n'est en effet pas anodin que le groupe Orsay Commons soit né sur Facebook : Internet est le lieu où on peut faire circuler d'un bout à l'autre de la planète l'expérience muséale, comme le montrent de nombreuses initiatives récentes.
Deux étudiantes devant Green/2 Orange X de Robert Mangold à l'Art Institute of Chicago (via)
Parmi les plus amusantes, citons Posing at the Louvre, initié par un groupe de visiteurs ayant fait le constat suivant : « Après une visite à Paris l'été dernier, nous avons remarqué que de nombreux visiteurs du musée semblaient plus intéressés à prendre la pose plutôt qu'à regarder les oeuvres. Nous avons décidé d'en faire un jeu ». Jumping in art museums est aussi une manière ludique de dévoyer le comportement retenu que le visiteur lambda est censé adopter au musée. S'approprier le musée et les oeuvres, c'est aussi les bousculer, rendre cette matière apprise malléable, inclure dans le cadre doré sa propre image.
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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