
Groland, l’émission culte de Jules Edouard Moustic, a 20 ans. Un âge de raison qui mérite bien sa petite rétrospective. Accueillie par le Musée des arts modestes à Sète – le MIAM pour les intimes –, l’exposition « Gromiam » recrée l’univers parodique du Groland, directement transposé de l’écran aux cimaises. Confronté ici à des œuvres d’art contemporain provenant de la collection d’Antoine de Galbert, le président de la Maison rouge, Le Groland connaît un troisième souffle. Le mélange, improbable, est détonnant. Ce qui aurait pu être une exposition-épitaphe, annonçant la fin d’un mythe télévisuel, est une promenade hilarante dans la fiction grolandaise, scandée par des œuvres (de Guy Limone, Damien de Roubaix, Wim Delvoye, Claude Lévêque) qui en reprennent le cynisme. Pas besoin d’en rajouter, les images parlent d’elles-mêmes. Il ne nous reste qu’un seul mot à dire : Banzai !
© Samuel Rousseau, Cible. Courtesy Antoine de Galbert.La buvette
On peut y boire de la bière grolandaise fabriquée par des moines trapézistes ! La buvette est le lieu de convivialité par excellence, où s’échangent les derniers ragots de la Présipauté de Benoît Délépine et Christian Borde. Entre les affiches d’un concert de Jean François Copé et les bibelots kitchissimes – le fameux poisson qui chante – se cache la cible de l’artiste Samuel Rousseau. Dans son œuvre, les fléchettes typiques des jeux de bistrots sont remplacées par des avions qui rappellent l’attentat du World Trade center.
© « Gromiam », MIAM, Sète 2012. Le portier
C’est l’homme obèse de John Isaacs qui nous accueille à l’entrée de l’exposition. Un paysage urbain lui grignote le dos tel un parasite, métaphore de l’impact de l’histoire sur les vies humaines. On pense aux forêts de béton qui envahissent les littoraux. A l’image de Groland, la sculpture caricature la société, symbole boursoufflé des mutations économiques et sociales.
© « Gromiam », MIAM, Sète 2012. Le message de bienvenueCoulé dans le bronze, le doigt d’honneur signé John Isaacs exprime son arrogance monumentale devant un mur couvert de logos commerciaux : McGros, Burger athé et autres marques parodiées à la sauce grolandaise. Ce geste d’insoumission, version pessimiste du pouce levé de César (celui du Parvis de La défense, à Paris), reste ambigu. On ne sait pas s’il s’adresse à nous, victimes passives des mirages de la consommation, ou à la globalisation dont on fait justement les frais.
© « Gromiam », MIAM, Sète 2012. Le salon
Dans les maisons grolandaises, des poissons sous cloche exhibent leurs blessures de pêche sur fond de tapisserie à fleurs (Hans- Peter Feldmann), les pieds se glissent dans des chaussons en lapins naturalisés (Wim Delvoye) et la télé-achat booste ses ventes avec des présentatrices topless. L’univers domestique grolandais est un doux mélange d’odeur de renfermé et de consommation inutile (cf. les inscriptions sur les cartons posés au sol).
© « Gromiam », MIAM, Sète 2012. La cuisine La gastronomie occupe une place de choix dans la vie des Grolandais. La junk food y rivalise avec les spécialités traditionnelles recensées dans le Guide du pneu. A gauche de l’image, Le Gâteau rose de Vincent Olinet, pièce montée dégoulinante prête à s’écrouler, est à l’image des fêtes grolandaises, qui finissent souvent en sucette.
© « Gromiam », MIAM, Sète 2012. La télé
Pas de Groland sans son Groland Mag’zine. La rédaction de Canal international a des airs de plateau de télé réalité. On y dénonce avec zèle les communistes, anarchistes, écologistes et romanichels qui osent s’opposer à l’omniprésence du président Salengro VII, propriétaire de tous les journaux du pays comme de la majeure partie de ses richesses…
© Fabien Verschaere, Crucifixion, triptyque. Courtesy Fabien Verschaere et Antoine de Galbert.Les objets de culte
Si la religion officielle reste la religion présidentielle, les catholiques sont autorisés à Groland, tout comme de nombreuses confessions vouées au dieu consommation. On retrouve sur les autels grolandais les crucifix sinistrement cocasses de Fabien Verschaere, clown, diable ou squelette, fruits de la fusion entre symboles chrétiens, dévotions populaires et fantasmes personnels.
© Nicolas Simarik, La Déroute, couverture. Courtesy Nicolas Simarik et Antoine de Galbert.Le catalogue de la déroute
En parfaite adéquation avec l’esprit grolandais, l’artiste Nicolas Simarik détourne l’imagerie populaire et fabrique des pastiches qui sont autant de fictions sociétales. Son catalogue de la déroutea été réalisé en collaboration avec les habitants d’un quartier de Toulouse qui ont, tour à tour, pris la pose pour remplacer les mannequins du catalogue…
© « Gromiam », MIAM, Sète 2012. La boutique de souvenirs
A Groland, les cigarettes reprennent des slogans racistes, le plus naturellement du monde, et sont utilisés comme supports de propagande, comme la lessive ou d’autres produits de consommation courante. Le paquet : "T’es un connard" est particulièrement apprécié par les fumeurs grolandais.

Groland, l’émission culte de Jules Edouard Moustic, a 20 ans. Un âge de raison qui mérite bien sa petite rétrospective. Accueillie par le Musée des arts modestes à Sète – le MIAM pour les intimes –, l’exposition « Gromiam » recrée l’univers parodique du Groland, directement transposé de l’écran aux cimaises. Confronté ici à des œuvres d’art contemporain provenant de la collection d’Antoine de Galbert, le président de la Maison rouge, Le Groland connaît un troisième souffle. Le mélange, improbable, est détonnant. Ce qui aurait pu être une exposition-épitaphe, annonçant la fin d’un mythe télévisuel, est une promenade hilarante dans la fiction grolandaise, scandée par des œuvres (de Guy Limone, Damien de Roubaix, Wim Delvoye, Claude Lévêque) qui en reprennent le cynisme. Pas besoin d’en rajouter, les images parlent d’elles-mêmes. Il ne nous reste qu’un seul mot à dire : Banzai !
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