Dix visages du nouveau cinéma indépendant US

22/03/2012 - 14h36
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  • Evan GlodellSean Durkin Jeff Nichols Aaron Katz Matthew PorterfieldJoe Swanberg Courtney HuntDamon RussellAntonio CamposAlistair Banks
  • Dix visages du nouveau cinéma indépendant US

    Le cinéma indépendant américain avait depuis pas mal de temps sombré dans sa propre parodie, quand il n'avait pas perdu son sens, contaminé par les branches indies des studios. Depuis quelques années, de nouveaux jeunes auteurs émergent. Ils ont tous à peine trente ans ou presque, et en marge plus ou moins du système, ils créent un cinéma qui se démarque enfin. Petite galerie de portraits de ceux qui comptent aujourd'hui, ou pourront bientôt le devenir.

  • Evan Glodell (Bellflower)

    Remarqué partout avec son premier film romantico-apocalytpique Bellflower, Evan Glodell incarne la figure chouchou du cinéaste bricolo et venu de nulle part. Tourné pour à peine 13 000 euros, avec un lance flamme, une voiture tunée façon Mad Max, des acteurs non professionnels, des caméras bidouillées maison, Bellflower a tout du film hors circuit prouvant qu'avec de la volonté, du temps et de l'énergie, on peut faire du cinéma dans son coin et réussir. Totalement hors système, Glodell fait aujourd'hui le tour du monde avec son film (bancal mais étonnant) et prépare le suivant.

  • Sean Durkin (Martha Marcia May Marlene)

     Son diplôme en poche de la très côtée Tisch School of the Arts de New York, Sean Durkin fonde Borderline Films où il produit les films d'Antonio Campos (Afterschool) et Alistair Banks Griffin (Two Gates of Sleep). Après quelques courts il se fait repérer en 2011 à Sundance avec son premier long, Martha Marcia May Marlene, chronique psychologique et critique d'une jeune fille tentant d'échapper à une secte. Applaudi partout, le film place immédiatement Durkin sous le feu des projecteurs d'un nouveau cinéma indé américain qui rompt, un peu, avec le formatage pour festival, et s'intéresse à de grands sujets, sérieux, américains, où la mise en scène se veut souveraine.

  • Jeff Nichols (Take Shelter)

    Remarqué en 2007 avec Shotgun Stories, Jeff Nichols devient le nouveau poulain de la critique en 2011 avec Take Shelter. Montré à Cannes où il deviendra pour certains le film évènement, cette descente aux enfers dans la paranoïa et la folie dressant un panorama angoissant de l'Amérique au travers d'un père de famille, prouve une fois encore les talents de metteur en scène de son auteur. Un film littéral pour un cinéma expressif sur la fin du monde. Et surtout la confirmation d'un cinéaste dans la tradition des années 70.

  • Aaron Katz (Quiet City)

    Encore peu connu chez nous (aucun de ses films n'a été distribué), Aaron Katz s'est fait remarquer en 2006 au South by Southwest Film Festival avec son premier long, Dance Party USA. Tourné pour 3500$, le film suit la rencontre estivale entre un garçon et une fille de 17 ans. Filmé sur le pouce, en vidéo, dans un style brut plus que naturaliste, Dance Party USA ne réinvente pas la poudre du film de proximité adolescente, mais touche par son empathie pour ses personnages. Suivront en 2007 et dans un genre post Cassavetien similaire Quiet City, balade urbaine d'un couple dans les rues de New York - le film fera l'unanimité en festival. Puis en 2011 Cold Weather, production plus ambitieuse autour d'un homme enquêtant sur la disparition de son ex-petite amie.

  • Matthew Porterfield (Putty Hill)

    Passé inaperçu chez nous avec Hamilton : chronique estivale sur deux jours du quotidien d'une banlieue ouvrière de Baltimore, Matthew Porterfield quitte son style Dardenne et ses références à Bresson pour le remarqué Putty Hill. Distribué dans nos salles après une longue tournée en festival, réalisé pour une somme dérisoire en HD là où Hamilton préférait le 16mm, Putty Hill repart pour Baltimore, son quotidien et ses personnages paumés. Plus travaillé sur la forme, le film tombe à la fois dans les écueils du cinéma indépendant américain tout en les évitant. Il témoigne surtout d'une volonté d'aller recueillir des nouvelles images de l'Amérique au présent. Le réalisme laisse de la place ici à l'imaginaire. La banalité des non lieux donne un écho puissant aux existences qui le traversent. Tout en fluidité et maîtrise malgré son regard sur un monde pesant, Porterfield installe un cinéma à suivre.

  • Joe Swanberg (Alexander the Last)

    Acteur, producteur, monteur, scénariste, réalisateur, stakhanoviste (12 films tournés depuis 2005 dont 5 en 2011), Joe Swanberg est pour nous la figure énigmatique de cette série de portraits. Aucun de ses films n'a été distribué sous nos latitudes, ni vraiment ailleurs. Connu pour ses micro budgets, il est un peu le Roger Corman du cinéma d'auteur indépendant américain. Ses films les plus célèbres, Hannah Take the Stairs, Nights and Weekends, surfent sur une vague tendance rohmerienne. Alexander the Last, produit par Noah Baumbach (Les Berkman se séparent, Greenberg) et resté aux portes des festivals, continue sur cette voie en explorant la vie d'un jeune couple marié. Plus récemment, son incursion dans le film d'horreur, Silver Bullets, que certains ont comparé à un croisement entre Atom Egoyan et Godard, tente une nouvelle voie pour faire également un bide. Mais pas de quoi ternir les ambitions de l'auteur, qui continue sa route imperturbable.

  • Courtney Hunt (Frozen River)

    Découverte en 2009 avec le socio-thriller polaire Frozen River (récit d'une mère de famille qui, sans ressources, fait passer des immigrés à la frontière canadienne), Courtney Hunt change la donne du cinéma indé américain. Non pas tant pour son style, précis, minutieux, attentif autant à ses personnages qu'à leur environnement, que pour son œil aguerri sur les conditions de vie des autres dont la réalisatrice hérite de ses années à étudier et pratiquer le droit. Depuis, elle tourne des épisodes de la série En analyse et New York - Unité spéciale. Pas forcément bon signe pour sa carrière, mais pas forcément aussi de quoi s'alarmer.

  • Damon Russell (Snow on Tha Bluff)

    Montré nulle part ailleurs qu'en festival, Snow on Tha Bluff, premier film de Damon Russell après quelques courts et un cursus à la télévision, commence à faire parler de lui. Tourné dans le ghetto d'Atlanta et suivant la vie d'un de ses habitants, Curtis Snow, voleur, dealer, qui après avoir vu un court métrage de Russell lui a demandé de faire un film sur sa vie, Snow on Tha Bluff fait dans le cinéma brut de décoffrage. Réalisé sans autre plan qu'enregistrer la vie impossible de son personnage, le film, à la limite du nouveau found footage hollywoodien (Cloverfield, Chronicle) version street hardcore, se révélerait au final aussi drôle que poignant. Avec un si petit CV, Russell est notre outsider. La suite de sa carrière est pour l'instant sans hypothèse possible.

  • Antonio Campos (Afterschool)

    Frère d'armes de Sean Durkin, Antonio Campos s'est fait repérer avec Afterschool, histoire d'un étudiant accro au net filmant par hasard la mort par overdose de deux étudiantes. A 24 ans, le cinéaste livre une œuvre déjà bien formée et prometteuse. Présenté à Cannes dans la section Un certain regard, Afterschool pose immédiatement son ambition à coller aux basques de son époque, d'interroger la jeunesse et sa fascination pour les images, ou encore les rapports avec les nouvelles technologies d'enregistrement et de diffusion. Un film moderne pour un auteur dont les préoccupations ne sont pas sans faire écho à celles de Durkin. Campos revient en 2012 avec Simon Killer qui, présenté à Sundance où il recevra un bon accueil, suit l'histoire d'un jeune diplômé américain partant pour Paris où il vit une aventure avec une prostituée.

  • iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/MOXABGS8KVA" frameborder="0" allowfullscreen>Alistair Banks Griffin (Two Gates of Sleep)

    Produit par Borderline Films, société de production de Sean Durkin, Antonio Campos et Josh Bond (troisième membre de la bande), Two Gates of Sleep a révélé récemment Alistair Banks Griffin. Montré à La quinzaine des réalisateurs en 2011 et dans de nombreux autres festivals, certains iront jusqu'à comparer le film à un croisement entre Lynch et Terence Malick. Quoiqu'il en soit, si Two Gates of Sleep croule sous les influences lourdes et de toutes sortes, son radicalisme appuyé ne laisse pas indifférent. Avec une volonté de beauté formelle aussi intimidante qu'ambitieuse, Alistair Banks Griffin compose une puissante marche funèbre pour deux frères enterrant leur mère.

Le cinéma indépendant américain avait depuis pas mal de temps sombré dans sa propre parodie, quand il n'avait pas perdu son sens, contaminé par les branches indies des studios. Depuis quelques années, de nouveaux jeunes auteurs émergent. Ils ont tous à peine trente ans ou presque, et en marge plus ou moins du système, ils créent un cinéma qui se démarque enfin. Petite galerie de portraits de ceux qui comptent aujourd'hui, ou pourront bientôt le devenir.

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