10 artistes qui renouvellent la pop
Depuis une poignée d’années nous assistons à une nouvelle phase de la révolution pop. Suite au grand mouvement de rapprochement de la pop et de l’électro dans le fourre-tout crossover (en gros de 2002 à 2006), les règles du genre mélodique que nous connaissons se sont vues totalement chamboulées par une poignée d’artistes d’horizons divers (post-rock, free-rock, techno, électro, synth-wave, electronica…). Au tournant de 2012 et après que leurs aînés (Simian Mobile Disco, Hot Chip…) aient imposé au public une version quasi-méconnaissable - et pourtant largement acceptée par les médias - de la pop telle que nous la connaissions, une génération surgit qui entame une nouvelle révolution.
Renouant avec l’académisme et les canons du genre (mélodies, songwriting, format court) qui permirent la création de standards bien connus qui font de la pop, des Beach Boys à Radiohead, le genre musical roi de notre temps, ces jeunes pousses usent des technologies de production et de composition d’aujourd’hui pour accoucher d’une nouvelle forme, l’after-pop. Panorama en 10 artistes incontournables.
Avec sa pop musique mâtinée d’électronique, ses pulsations et ses clins d’œil aux pionniers de l’electronica (LFO, Autechre, Aphex Twin) et du rnb, Joseph Mount impose dès 2006 avec l’album Pip Paine (Pay The £5000 You Owe), une nouvelle idée de la pop. Principalement connu pour ses remixes, le Britannique originaire du Devon est également l’un des premiers à se faire connaître via les réseaux sociaux (initialement Myspace) et à distribuer son travail gratuitement sur le net. L’aboutissement de ce "business plan" 2.0. ainsi que d’un brassage musical éclectique (Mount remixera U2, Gorillaz, Roots Manuva, Franz Ferdinand ou Britney Spears) atterrira véritablement dans les bacs en 2008 avec Nights Out. Précis de musique mutante, entre The Residents (pour la guitare de Mount) et des Beach Boys qui auraient tilté sur "Window Licker" plutôt que sur le Revolver des Beatles, Nights Out annonce une nouvelle ère post-crossover où la pop la plus pointue s’invite sur Canal+ et envahit les podiums des défilés de mode. Metronomy transformera l’essai en 2011, après un départ (Gabriel Stebbing) et deux arrivées (Anna Prior et Gbenga Adelekan), avec The English Riviera, disque ultra-récompensé qui verra le sacre du groupe (nomination au Mercury Prize en 2011) et entérinera pour le grand public une certaine idée de la pop qui se réconcilie avec ses académismes, ses racines mélodiques et son format, tout en expérimentant et en continuant de s’ouvrir aux autres genres musicaux.
Voir aussi
- En vidéo : Metronomy joue deux titres de The English Riviera
Projet pop synthétique d'un jeune Britannique, Michael Lovet, NZCA/LINES se place malgré lui en ligne directe avec l’héritage de ses ainés de Metronomy. Cependant, là où Joseph Mount et sa bande prônent clairement un retour aux racines de la pop vocale classique mâtinée d’électro, Lovet ose le mélange en l’assaisonnant de rigidité et de minimalisme new wave. Initialement bassiste au sein de Your Twenties, le side project de Gabriel Stebbing de Metronomy, justement, Michael Lovet signe en 2012 deux tubes en puissance "Compass Point" et "Okinawa Channels" qui apparaissent tous deux sur son premier album éponyme. Aisance mélodique, retour aux racines synthétiques de la new wave, préciosité, font de NZCA/LINES le mètre étalon d’une pop à la fois moderne et respectueuse de ses sources, sous influence mais innovante, affichant des prétentions commerciales et sachant rester assez connotée pour contenter les connaisseurs. Une parfaite after-pop pour hipster en somme.
Le pop selon la Canadienne Claire Boucher, aka Grimes, plus encore que celle de ses coreligionnaires, affiche ses prétentions de transformation du genre tout en cultivant avec pertinence assez de sociabilité et de facilité pour accrocher le grand public. Découverte avec un premier album titré Halfaxa en 2010, la musique de cette artiste inspirée doit à l’origine en effet plus à l’electronica qu’aux canons de la pop tels que celle-ci les affiche de sa naissance dans les 60’s au début des années 2000. Pourtant, la gamine magique enfonce le clou de manière surprenante en 2012 avec Visions signé sur le glorieux label 4AD. Un album qui séduit par son audace, s’abreuvant au creuset d’une pop moderne et dansante calibrée pour la radio (le rnb par exemple) mais qui sait cependant rester très expérimentale. Grimes affiche également une noirceur certaine qu'elle tempère par l’expression de sa passion pour les polyrythmies compliquées qui font bouger. Une tendance à laquelle vient s'ajouter une vraie candeur exprimée par un art vocal très élaboré (évidemment largement aidé par l'incontournable autotune), évoquant tour à tour de grandes dames de la pop mutante (de Liz Fraser de Cocteau Twins/Massive Attack à Lisa Gerrard de Dead Can Dance) également signées sur son tout nouveau label d’adoption.
En 2009, les Danois punk-funk défraient la chronique en sortant The Plot, un album manifeste qui propulsa le trio dans la cour des concurrents sérieux (puis carrément possibles successeurs) de LCD Soundsystem. En 2011 et 2012, changement d’orientation puisque Tomas Høffding, Jeppe Kjellberg et Thomas Barfod sortent coup sur coup deux albums très pop : le sombre Knee Deep pour commencer et l’ambigu Brighter. Deux disques qui peuvent se lire comme un seul ensemble et qui révèlent la capacité du trio à réunir mélodie et danse. Les Danois ne s’en cachent d’ailleurs pas, cette double sortie est leur tentative la plus ouvertement commerciale pour attaquer le marcher des radios. Au delà du punk – funk, au-delà de l’underground et du crossover, Whomadewho pond des tubes dignes des grands groupes pop du passé, et assume. En l’occurrence, si certains ont dit de Metronomy qu’il s’agissait des "Bee Gees rencontrant Daft Punk", cette affirmation correspondrait plutôt à ces deux derniers albums de Whomadewho. Tout, des rythmes disco aux montées acides jusqu’au falsetto et aux chœurs aériens de ces trois Danois, rappelle la pop commerciale des 60’s et des 70’s, alliée à l’art contemporain de la production électronique, pour accoucher au final de deux albums qui sonnent comme des classiques de pop intemporelle.
Groupe confidentiel jusqu’en 2011, The Chap prend son envol en 2012 avec l’album We Are Nobody, un manifeste after-pop au sein duquel les cinq membres - tous originaires de pays européens différents – affirment leur volonté de créer un disque de classiques pop en utilisant leur fantaisie et leur folie originelle. De fait, We Are Nobody est clairementle signe d’un assagissement de The Chap. Après les années de folie qui virent le groupe brasser post-indé, post-punk, post-pop et post-ce-que-vous-voulez, We Are Nobody est l’expression d'une certaine sagesse, et même d'un certain classicisme, ouvertement revendiqué. A cheval entre les canons de la métrique pop (couplets/refrains, format court, chœurs, voix blanches) et l’expression d’un univers mental unique (principalement exposé dans les textes), The Chap flirte avec l’académisme en 2012 et manifestement, se verrait bien à la radio. C’est le moins que l’on puisse souhaiter à un groupe que nos confrères de Magic qualifiaient à juste titre de "l'un des plus grands faiseurs de hits cousus mains dont l'Angleterre a accouché ces dernières années".
Depuis le très commenté mais pas tout à fait convainquant Does You Inspire You paru en 2008, on aurait pu penser que le groupe de Caroline Polachek et Patrick Wimberly continuerait d’afficher le profil novateur que l’on attend tous d’un groupe de Brooklyn. La filiation d’avec la scène freak-pop-folk new yorkaise étant sans doute trop facile pour la têtue Polachek, Chairlift revient en 2012 avec Something, un album qui drague ouvertement le succès et le grand public, tout en restant tourné vers ses premières amours expérimentales, mais sans vraiment s’engager. De fait, Something c’est un peu Bananarama ou Blondie en mode 2012. Les vocaux de Caroline Polachek plus pop et catchy que jamais sur ce second long format rappellent l’art consommé de ses deux grandes sœurs, et surtout le temps où "sonner différent" n’était pas préjudiciable pour squatter la bande F.M. Malgré toute sa personnalité, il faut bien l’avouer, Chairlift a tout pour devenir un Coldplay pour hipsters, ce dont on se plaindra pas, tant ce groupe sait jouer des académismes acquis de la pop commerciale, tout en faisant gentiment avancer le schmilblick.
Dans la catégorie pop moderne inventive, difficile de trouver plus exemplaire que Saint Vincent, le projet solo d’Annie Clark. Compositrice et multi-instrumentiste ayant débuté au sein de la chorale barjot de The Polyphonic Spree des ex-Tripping Daisy Tim DeLaughter, également collaboratrice de Sufjan Stevens, Annie Clark s’inscrit depuis 2006 dans un long programme de rénovation de la pop. Cette année là, tout commence avec Marry Me, qui rencontre succès critique et attention du public (juste après que Clark ait participé aux fameux 100 Guitars Orchestra du compositeur et guitariste expérimental new yorkais Glenn Branca en 2004). La brune américaine y mélange post-punk, jazz, pop, électro et même music hall dans une furie créative qui revivifie le genre en 11 titres ébouriffants. Après Actor, deuxième essai non moins réussi en 2009, elle revient en 2012 avec Strange Mercy, certainement son chef-d’œuvre. Annie Clark y prend toujours un malin plaisir à torturer ses mélodies enchanteresses, mais réussit à resserrer le propos, accouchant d’un album cohérent, fluide et véritablement pop, tout en captivant l’auditeur par ses audaces techniques et ses vocalises. Avec Strange Mercy c’est sûr, un nouveau chapitre de la pop moderne commence.
Dissonant oui, mais avec des guitares 70 et un son chaud analogique qui rappellera, aux vétérans, le rock progressif plutôt que le post-punk qui suivra, les Canadiens de Suuns (ex-Zero QC, un changement de patronyme qui donnera le titre de leur premier album) sont eux aussi pour beaucoup dans l’actuel mouvement général de rénovation de la pop contemporaine. Capables d’accoucher de tourniquets minimalistes de près de 7 minutes, comme de petits bijoux pop modernes alambiqués et bizarrement conformés, les Suuns sont réellement à cheval entre classique pop et mutation électro. Au sein de notre panorama, c’est aussi le groupe qui flirte le plus ouvertement avec les extrêmes (académisme et classicisme d’un côté, goût du bruit et du chaos de l’autre) et dont on sent que, s’ils respectent et admirent les canons de la pop, ils trépignent également d’impatience quand il s’agit de les démolir pour mieux les reconstruire. De Suuns, certainement l’un des plus novateurs des tous jeunes groupe actuels, on retiendra donc pour l’instant cette phrase de Bob Dylan : "la seule chose stable dans ce monde, c’est justement l’instabilité". Qu’on se le dise, avec ces Canadiens tout est encore possible. La pop n’a qu’à bien se tenir, elle n’a encore rien vu !
Avec son baryton remarquable et sa musique à la fois rugueuse et précieuse, on aura tôt fait de comparer le jeune Archy Marshall, alias King Krule et ex-Zoo Kid, à un autre génie pop controversé, l’immense Scott Walker, chantre de la musique pop des années 70. Les capacités de songwriting hors-norme du jeune homme imposent désormais un autre maître à penser : Randy Newman, le chantre cynique du L.A. des années 80. King Krule en effet, c’est la conjugaison inattendue de deux mondes : celui du songwriting léché des parrains de la pop mondiale et celui qu’incarnera le renouveau du rap anglais, avec des artistes comme Mike Skinner de The Streets. C’est en novembre 2011, à l’occasion de la sortie de son clip pour "Out Getting Ribs", que le monde entier découvre ce petit bonhomme roux à la voix incroyablement hypnotique malgré son accent cockney du Sud Est de Londres. Sacré "meilleur espoir" sur la foi de seulement deux EP, King Krule affiche une maturité vocale et artistique pour le moins stupéfiante. Depuis, enrôlé de force dans les troupes de la rénovation pop, ce Britannique d’à peine dix-huit ans à l’attitude aussi posée que ses textes sont rageurs et désabusés, continue d’exciter la curiosité des amateurs et des observateurs des futures mutations de la pop moderne.
Protégée du DJ/compositeur et producteur danois, Anders Trentemøller, Giana Factory est l’autre révélation after-pop de 2012. Composé de Loui Foo, Lisbet Fritze et Sofie Johanne, le trio est à l'origine depuis 2009 (avec son premier EP Bloody Game) d'une musique étonnamment moderne tout en faisant sans cesse référence aux épigones pop (et rock) du passé. De Ry Cooder aux girls band des années 60, Giana Factory puise son énergie aux racines du rock, du folk et de la pop tout en revitalisant ses influences par une production subtile et un imaginaire très personnel. Si le parrainage du groupe par le pape de l’electro danoise pourrait affilier le groupe avec un certain revival electro-rock, il serait faux de voir en Giana Factory un énième revival crossover. Ces filles ont bien plus à apporter qu’une quelconque "fusion". A l’écoute de Save The Youth, son premier véritable album, on se dit que c'est bien d'un son moderne dont il s’agit ici, un son nouveau, à la fois connoté et qui s’affranchit pourtant des académismes pour accoucher d’un véritable manifeste after-pop, à la fois potentiellement radio friendly et pourtant terriblement singulier.

Depuis une poignée d’années nous assistons à une nouvelle phase de la révolution pop. Suite au grand mouvement de rapprochement de la pop et de l’électro dans le fourre-tout crossover (en gros de 2002 à 2006), les règles du genre mélodique que nous connaissons se sont vues totalement chamboulées par une poignée d’artistes d’horizons divers (post-rock, free-rock, techno, électro, synth-wave, electronica…). Au tournant de 2012 et après que leurs ainés (Simian Mobile Disco, Hot Chip…) aient imposé au public une version quasi-méconnaissable - et pourtant largement acceptée par les médias - de la pop telle que nous la connaissions, une génération surgit qui entame une nouvelle révolution.
Renouant avec l’académisme et les canons du genre (mélodies, songwriting, format court) qui permirent la création de standards bien connus qui font de la pop, des Beach Boys à Radiohead, le genre musical roi de notre temps, ces jeunes pousses usent des technologies de production et de composition d’aujourd’hui pour accoucher d’une nouvelle forme, l’after-pop. Panorama en 10 artistes incontournables.
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