Will Ferrell, l'idiot magnifique Portrait d'un comique incontournable

30/03/2012 - 17h48
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Resté dans l’ombre de Ben Stiller, Steve Carell, Owen Wilson ou Jack Black, ses camarades du « Frat Pack », Will Ferrell, pourtant incontournable aux Etats-Unis où il a investi tout l’espace médiatique, n’est toujours pas une star en France. Il méritait une petite présentation.
L'auteur
Eric Vernay

Omniprésent de l’autre côté de l’Atlantique, Will Ferrell est encore trop méconnu en France. Sans doute est-ce lié à la distribution bâclée de ses films tels que Présentateur vedette : La Légende de Ron Burgundy, Ricky Bobby Roi du Circuit ou Semi-Pro, limités pour la plupart à une sortie technique dans notre pays alors qu’ils cartonnent aux Etats-Unis. Car là-bas, Will Ferrell, 44 ans, est une star incontournable dont la fortune est estimée à 80 millions de dollars, un acteur qui peut se permettre de monter uniquement sur son nom Casa de Mi Padre, un film hispanophone entièrement sous-titré – une hérésie aux Etats-Unis.
Le rire ferrellien est partout en 2012 : au cinéma donc, mais aussi à la télévision avec la série Eastbound & Down qu’il produit et dans laquelle il joue, et sur Internet avec son site à succès Funny Or Die.

Un enfant dans un corps de brute

Will Ferrell, c’est d’abord une voix. Une voix fine et modulable qu’exerce le jeune Will depuis ses premiers exploits comiques au lycée, lorsqu’il faisait des imitations au moment des annonces matinales au micro de l’établissement, et jusqu’à son doublage récent pour le film d’animation Megamind. Un goût pour le travestissement vocal (et physique) que ce fils d’une enseignante et d’un claviériste du célèbre groupe blue-eyed soul The Righteous Brothers gardera toujours. Mais Ferrell, c’est surtout un corps formidable. A la faculté d’Irvine, en Californie, dans laquelle il est à la fois le kicker de l’équipe de football US, joueur de « soccer » et capitaine de l’équipe de basket, il est connu pour l’avoir exhibé régulièrement, ce corps : avec ses potes de la fraternité de Delta Tau Delta, Will aimait en effet s’adonner au « streaking », autre nom pour la course nudiste en lieu public. Ferrell dispose d’un corps d’athlète et non de « nerd », ce qui le distingue d’emblée des humoristes de la vague Apatow apparue au début des années 2000, à savoir les grassouillets Jonah Hill, Seth Rogen et Jack Black ou encore le chétif Steve Carrell. Un détail paradoxal fait la singularité de son physique de « jock » : au sommet de cette armoire à glace d’un mètre 90 émergent, nichés sous un casque léonin de cheveux blonds et bouclés, deux minuscules yeux bleus d’enfant inquiet.

L'idiot ferrellien au cinéma

Un enfant sensible, naïf et maladroit dans un corps de brute épaisse : voilà la tension fondamentale du personnage que va progressivement se créer Will Ferrell au cinéma, dans des films tels que Une nuit au Roxbury (1998), Retour à la fac (2003, film de Todd Philips qui a donné son nom au « Frat Pack »), Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy (2004), Serial Noceurs (2005), Ricky Bobby Roi Du Circuit (2006), Les Rois du Patin (2007), Semi-Pro (2008) ou Frangins Malgré Eux (2008).

Basé sur un sketch à succès créé avec Chris Kattan pour le Saturday Night Live, Une Nuit au Roxbury impose d’emblée la matrice de son caractère récurrent. Il joue un clubber candide partagé entre le désir de faire plaisir à son père autoritaire en reprenant le magasin familial et en se mariant ( = devenir adulte), et un amour colossal pour son frère-buddy avec qui il partage une peur maladive de grandir. Souvent déguisé dans ses rôles, recouvert de fausses moustaches, de costumes délirants et de moumoutes pas possibles, Will Ferrell reste finalement le même : un faux-winner souvent sportif (pilote de nascar, joueur de basket, patineur artistique etc), éternel enfant affichant une assurance arrogante, imperturbable jusqu’au grotesque, pour mieux cacher ses blessures et son incapacité à grandir. Dans Ricky Bobby, il joue un pilote de nascar particulièrement vantard car persuadé par son père (là encore autoritaire et castrateur) que « si t’es pas le premier, t’es le dernier ! ». Pour le winner-loser ferrellien, le salut passe moins par le devenir adulte et la performance que par la recherche d’une forme de sérénité préalable générée par l’amitié masculine. C’est d’abord dans le regard affectueux et respectueux d’un « buddy », avec lequel il doit s’entendre ou « faire équipe », que le personnage ferrellien peut trouver le terreau essentiel à sa paix intérieure : réaliser un numéro de patinage artistique avec son pire ennemi (Les Rois du Patin), faire équipe avec un demi-frère détesté pour réunir leurs parents respectifs (Frangins Malgré eux), etc. Le devenir adulte de l’idiot ferrellien reste donc en suspens, maintenu hors champ ou évacué par la réalisation à l’écran d’un idéal amical utopique, d’une pureté propre à l’enfance, qui teinte d’une belle mélancolie ses meilleurs films. 

L'enfant de la télévision

Cette mélancolie surgissant du burlesque le plus trivial (corps malmené), on la retrouve dans la carrière télévisuelle de Will Ferrell, et notamment dans Eastbound and Down. Produite par Will Ferrell et le réalisateur Adam McKay, fidèle comparse avec lequel il a tourné quatre films (Ron Burgundy, Ricky Bobby, Frangins Malgré Eux, The Other Guys), cette série HBO concentre quelques obsessions ferrelliennes à travers le destin pathétique de Kenny Powers, ex-joueur de baseball toujours aussi fier de sa personne malgré son incapacité à faire un come-back sportif ou même à se relancer dignement dans la vraie vie. Ferrell n’incarne pas l’imbuvable Powers (c’est l’hilarant Danny McBride, vu dans Delire Express), mais fait un caméo dans le rôle d’un très zélé vendeur de voitures allemandes. Cette belle série réalisée par une brochette de cinéastes de renom (Jody Hill, David Gordon Green et Adam McKay) signe le retour de Will Ferrell au petit écran après un hiatus dans les années 2000. Car avant de se faire plaisir avec ce show de luxe pour HBO, l’acteur s’était fait un nom dans la deuxième moitié des 90s grâce à l’émission incontournable pour tout comique américain : le Saturday Night Live. De 1995 à 2002, il s’y est notamment fait remarquer pour son talent de transformiste et d’imitateur, s’immisçant dans la peau de personnalités telles que le joueur de baseball Harry Caray, le Président George W. Bush, le golfeur Tiger Woods, ou encore un membre fictif du groupe de rock chevelu Blue Oyster Cult, tous devenus idiots magnifiques sous les traits d’un Ferrell grimé.

Conquête du web et humour 2.0

Construit sur une propension à l’épuisement du corps et de la vanne, cette dernière étant parfois répétée jusqu’au délire, telle la fameuse catchphrase « Shake and Bake » dans Ricky Bobby, l’humour ferrellien épuise également les supports : son omniprésence au cinéma et à la télévision ne l’a pas empêché d’investir également Internet avec son site Funny Or Die. Fondé en 2006 avec son éternel acolyte Adam McKay, le site fonctionne sur un mélange de contenu maison et de vidéos produites et partagées par les internautes, incités à voter pour (« funny ») ou contre (« die »). On y trouve des contenus à fort potentiel viral (la fausse sex-tape d’Eva Longoria), mais aussi de nombreux caméos prestigieux (Jerry Seinfeld, Ryan Gosling, Marion Cotillard, Charlie Sheen, Lyndsay Lohan, Daniel Radcliffe, etc) ou encore le sketch le plus connu du site, « The Landlord », vu plus de 77 millions de fois depuis 2007. Depuis 2008, le site a développé un partenariat avec la chaîne HBO, pour laquelle Ferrell & McKay produisent des épisodes qui permettent ensuite de promouvoir des tournées FunnyOrDie aux Etats-Unis. Des variations anglaises, brésiliennes, ou encore centrées sur les jeux vidéo ou la cuisine ont aussi fait leur apparition, permettant à la marque FunnyOrDie.com de revendiquer 20 millions de visiteurs uniques par mois.

Saturation de l'espace médiatique

Comique hors pair, business man inventif et fidèle en amitié (Adam McKay, John C.Reilly et Judd Apatow), Will Ferrell a su bâtir un empire dédié à la comédie sur tous les supports possibles, en prenant notamment en compte la révolution 2.0. Cet aspect participatif et connecté avec les spectateurs, l’humoriste se l’est d’ailleurs approprié avec autant de dérision que de jubilation dans un sketch où il lit les lettres d’insultes de ses fans avec le plus grand sérieux. Dernière maille médiatique dans laquelle Will Ferrell excelle : la promotion télévisée. Pour Casa de mi Padre, il s’est inventé un désopilant personnage d’éleveur de chiens, complètement débordé par la prolifération animale sur le plateau TV. Quant à l’annonce des aventures de Ron Burgundy (Anchorman 2), il la fait lui-même à la télévision via un solo de flûte et un clash incroyable avec l’animateur de l’émission. On retrouve là encore les fondamentaux de l’humour ferrellien : idiot magnifique, épuisement du gag et de l’espace médiatique, là encore, mais aussi de nos abdominaux, qui lui doivent beaucoup en terme de musculation depuis 15 ans. 

Voir aussi :
Will Ferrell, roi de la vidéo
L'hilarante promo en espagnol de Will Ferrell

Par Eric Vernay
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