Une vraie journée de festival 56ème Festival de Cannes

22/08/2007 - 18h33
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Une vraie journée de festival
Après le ramdam commercial qui a marqué ce début de festival, on avait enfin l'impression d'être revenu à des considérations plus cinéphiles aujourd'hui.
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Les Egarés d'André Téchiné, France, Sélection officiellePrésentation du premier film français, en première partie de soirée, toute l'équipe d'André Téchiné a monté les marches pour Les Egarés (Lire la news Schwarzy au tapis du 17.05). On pourrait s'étonner de ce que le metteur en scène des sentiments se plonge dans un film historique. Pourtant en racontant l'histoire d'une mère bourgeoise fuyant l'arrivée des Allemands en 1940 avec ses deux enfants, le réalisateur filme avant tout l'humain confronté à l'incohérence que provoquent ses peurs. Odile, incarnée par la très belle Emmanuelle Béart, est une résistante avant l'heure. Si elle n'est pas dans les maquis, elle fait face pour sauver ses enfants. Il y a quelque chose en elle de l'éternel maternel. Toujours sur la brèche, elle lutte contre ses propres démons, une folie engendrée par la guerre, la mort de son mari au front... Téchiné manie l'art de la métonymie avec talent. Trois images d'archives ponctuent le générique. Elles évoquent l'horreur récurrente de toutes guerres, celles d'aujourd'hui, d'hier et de demain. Dans le flot de la population en exode, en pleine débâcle, Odile au volant d'une voiture veille sur ses deux enfants. Le convoi avance lentement, ralenti par les gens à pied, à cheval ou en tracteur, chacun portant péniblement sa maison sur son dos. Un avion survole soudain la route. Violence barbare : les rafales fauchent au hasard des innocents totalement démunis. Sobrement mais définitivement, le réalisateur nous plonge au coeur de ce que la guerre a d'incompréhensible. Très juste, Emmanuelle Béart donne toute la mesure de la limite humaine. Au coeur de la vie, elle se confronte à ce que la peur provoque organiquement. Les larmes, la sueur, la pisse qui coulent et la souillent malgré elle, malgré son savoir, malgré sa provenance sociale. Interdite, muette, à la recherche d'une solution rationnelle, elle ne veut d'abord suivre ce jeune homme débrouillard qui sauve ses enfants. Yvan, incarné par Gaspard Ulliel - un jeune acteur au charme très prometteur - est un peu sauvage. Très concret, il sait comment se sortir des situations difficiles, quitte à enfreindre la loi ou la morale. Grâce à lui la petite famille survit. Odile accepte peu à peu la nourriture volée aux morts, pillée dans les fermes évacuées des environs. Peu à peu la villa abandonnée qui leur sert de refuge provisoire est son chez elle. Plongeant ses personnages dans une campagne désertée, Téchiné s'empare d'une question qui hantait de beaucoup plus violemment Peter Brook quand il adaptait Sa Majesté des Mouches. Que reste-t-il des règles sociales quand il n'y a plus de société pour les imposer ?À cinq heures de l'après-midi de Samira Makhmalbaf, Iran, Sélection officielleOn pourrait allier à cette réflexion le deuxième film de cette journée présenté en compétition officielle. A Cinq Heure, réalisé par Samira Makhmalbaf est un portrait de la société Afghane libérée du régime Taliban. Pourtant une grande partie de la population vit encore sous l'influence de cette dictature. Les hommes font face aux murs pour ne pas voir les femmes au visage découvert qu'ils rencontrent, tandis que celles-ci peu à peu retrouvent clandestinement le chemin de l'école. Tous luttent désespérément contre la pauvreté et le dénuement provoqué par les guerres. On se souvient ici du film ambigu réalisé par le père de Samira. Kandahar était également un portrait de l'Afghanistan. Etrange dans l'attitude qu'il avait face au sujet filmé, choquant car on y sentait l'envie de nous apitoyer. Un brin condescendant envers ce qu'il filmait, méprisant aussi. On retrouve dans le film de sa fille - qu'il a lui-même monté et produit - une attitude similaire. Là se situe sans doute une bonne part de notre malaise. Dénonçant l'ignorance et l'aveuglement des Afghans, Samira ne semble pas être libérée de sa propre influence paternelle. Venue présenter le film seule - elle semble ici ne faire que peu de cas de ses actrices principales, certes non-professionnelles mais sans qui le film ne serait pas ce qu'il est - son travail semble totalement phagocyté par son père, le réalisateur iranien Moshen Makhmalbaf - dont on a déjà dénoncé l'attitude politique ambiguë, il s'en est d'ailleurs expliqué. A la tête d'une maison de production, il soutient, provoque, initie les films de l'ensemble de sa famille : sa femme, sa fille Samira, une autre qui, à 14 ans vient de réaliser un documentaire sur l'Afghanistan... Bien sûr, A Cinq Heure est beau film. Samira sait tenir sa caméra, cadrer, éclairer, diriger ses acteurs... pourtant cela suffit-il à faire un bon film ? Doit-on se laisser bercer par l'esthétisme sans s'interroger sur l'idéologie qu'elle véhicule ? Les égarésRéalisation : André Téchiné France - Sélection officielle - CompétitionAvec : Samuel Labarthe, Gaspard Ulliel, JeanGrégoire Leprince-Ringuet et Emmanuelle Béart...Date de sortie : 20 Août 2003À cinq heures de l'après-midiRéalisation : Samira MakhmalbafIran - Sélection officielle - CompétitionProduction : Makhmalbaf Film House, Bac Films, Wild BunchScénario : Samira Makhmalbaf, Mohsen MakhmalbafDistribution : Bac FilmsDurée : 106 mnAvec : Agheleh Rezaie, Marzieh Amiri, Abdolgani Yousefrazi, Razi Mohebi Date de sortie : Septembre 2003

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