
"Je vois les films comme des établis proposés au spectateurs qui feraient le travail qu'ils ont à faire", a un jour osé Arnaud des Pallières, cinéaste dont les trois derniers opus - Drancy avenir (1996), Disneyland, mon vieux pays natal (2001) et Adieu (2004) - laissent souvent une impression étrange et marquante à ceux qui les regardent : chaque fois un sujet grave, mais pas de message explicite, juste des flux d'images et de mots qui se suivent et s'agrègent à une matière sonore sourde, calme, dense, en mouvement. Et le sentiment de sortir des projections comme si on venait de traverser un monde.Dans cette expérience de cinéma, la musique est prégnante. Martin Wheeler, designer sonore et compositeur des bandes son de Disneyland... et Adieu, contribue largement à cette impression de défilement lent, comme si chaque scène, chaque image, devait imprimer une trace dans l'esprit du spectateur. U Idea (anagramme d'Adieu), le CD qu'il vient de réaliser sur une commande de Shellac (distributeur du film), ressemble à une suite possible du processus ainsi engagé. Fonctionnant comme une mémoire, le CD reprend les sons du film - paroles des personnages, commentaire off, musique elle-même... - et les remâche, les recompose comme pour former une nouvelle "idée". Son écoute, stimulante, répétée, permet de poursuivre intérieurement le "travail" mental que des Pallières appelle de ses voeux en produisant des images et du son.
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