
Après avoir divisé la critique lors de sa présentation lundi à Cannes, The Tree of Life a tranquillement remonté la pente, au point que le film de Terrence Malick se trouve aujourd'hui cité comme favori pour la Palme d'or. On murmure ainsi sur la Croisette que plusieurs membres du Jury, loin d'y voir le nanar de la compétition, auraient été subjugués par The Tree of Life.
A y regarder de près, les conditions de l'accueil critique cannois n'étaient en effet pas optimales. D'abord annoncé comme l'évènement du Festival de Cannes 2010, le film aura attendu une année entière avant d'atteindre les écrans du Palais, plaçant très haut la barre des attentes. The Tree of Life était surtout décrit comme une oeuvre archi-mystérieuse alors que sa structure se trouvait pourtant globalement connue : l'imbrication de la création du monde et de la vie d'une famille américaine dans les années 1950. C'est notamment sur ce plan-là que le film a pu décevoir, car tous les types de liens entre ces deux dimensions avaient été imaginés, alors que la structure de The Tree of Life s'avère finalement assez fragile et claudiquante, loin de la limipidité narrative à laquelle Terrence Malick avait habitué les spectateurs.
Pourtant, The Tree of Life pourrait bien faire partie de ces films qui se bonifient avec le temps. En confrontant différents avis, on constate à quel point les discussions semblent réversibles et parviennent à englober dans un même mouvement sentiment positif et sentiment négatif. Exemples :
Le Big Bang, POUR ET CONTRE
Là où certains voient dans les images du Big Bang un catalogue cheap d'économiseurs d'écran, d'autres y voient le franchissement d'un nouveau cap dans la filmographie de Terrence Malick, qui s'abandonnerait enfin totalement à un principe de narration impressionniste, jusqu'ici présent dans son oeuvre de façon embryonnaire.
Le regard de Malick, POUR ET CONTRE
Si la réalisation de Malick relève pour beaucoup d'un regard prétentieux et surplombant posé sur les hommes, une autre frange de spectateurs y voient au contraire une profonde humilité du cinéaste, qui constate ici que l'homme n'est qu'un chaînon parmi d'autres. Resituer l'homme à sa juste place, face à une nature présentée ici comme violente et dominatrice, n'est-ce pas finalement une marque de modestie ?
Le brouillage narratif, POUR ET CONTRE
La structure très flottante du chapitre familial apparaît aux yeux des détracteurs comme hermétique et brouillonne, là où ses admirateurs avancent l'idée d'une construction proustienne, qui épouse le fonctionnement de la mémoire, avec ses béances, ses oublis, ses réinterprétations. En cela, The Tree of Life serait, à la manière d'Il était une fois en Amérique, une vaste fresque narrant l'enfance d'un homme (le personnage de Sean Penn) avec ses yeux d'adulte. Au centre du film : les rapports de force, le libéralisme et les mutations de l'Amérique, vus à travers le prisme mémoriel.
Reste maintenant à savoir qui l'emportera au sein du Jury, entre les défenseurs et les détracteurs de The Tree of Life. Réponse dimanche soir avec l'annonce du Palmarès.
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