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Sur un air de... Moody Blues Pop songs et cinéma

06/04/2012 - 17h12
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Sur un air de... Moody Blues
Quand une chanson se retrouve utilisée par différents cinéastes et déclinée dans des drames, des comédies ou des films d'horreur, elle peut dégager des sens multiples et parer chaque séquence d'une signification bien particulière, que nous explorons dans cette série Pop songs et cinéma.
L'auteur
Ursula Michel

1967, l’année du “Summer of Love” à San Francisco. Les Doors (Strange Days), les Beatles (Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band), Pink Floyd (The Piper at the gate of dawn) sont au sommet. Le rock psychédélique bat son plein. Et au milieu de ce maelstrom pop/rock qui fait se trémousser des millions de jeunes, un slow retentit dans les frimas de novembre 1967. Nights in White Satin (nuits dans du satin blanc) des Moody Blues se présente comme un poème d’amour déçu, où le chant déchirant de Justin Hayward (l’auteur du titre) crée un crescendo émotionnel à chaque refrain. Combien de couples ont dû se former sur cette chanson (et combien de délaissés ont dû pleurnicher en l’écoutant, seuls dans leur chambre). Alors que le slow a disparu des dance-floors depuis belle lurette, restent quelques morceaux emblématiques de cet instant magique (et désuet) où une musique rapprochait des êtres, créait une langueur et une proximité fortes de promesses. Nights in White Satin est de ceux-là. Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, sauf à prêter l’oreille dans une salle obscure (autre lieu de rapprochement des corps), lieu où les Moody Blues se font encore entendre.

 

Série Z pour un hit

En 1992, Tony Maylam réalise Killer Instinct (Split Second en VO), un film d’horreur avec dans les rôles-titres Rutger Hauer et Kim Cattrall. Dans un Londres dévasté par la montée des eaux, un tueur monstrueux arrache le cœur de ses victimes. Poursuivi par le flic le plus indiscipliné (mais efficace) de toute l’Angleterre (Rutger Hauer donc), le tueur va avoir du fil à retordre. Lors d’un montage en alterné où l’on suit Rutger et son collègue petit-déjeunant dans un bar un poil louche, et la fiancée du flic (Kim Cattrall) prenant sa douche tranquille à des kilomètres de là, retentissent les premières mesures de Nights in White Satin. Utilisation gratuite qui ne colle ni avec la mise en scène (le va et vient constant entre le bar et la salle de bain oblige à une écoute discontinue du titre), ni avec la teneur censément dramatique de la séquence, la chanson des Moody Blues parvient quand même à teinter la discussion des deux policiers d’une certaine nostalgie. Face au monde brutal et poisseux dans lequel l’humanité évolue, la référence à un passé glorieux et plein d’espoir (le Summer of love) aurait pu résonner avec plus d’intensité si elle avait été intégrée harmonieusement à la scène. Ratée, cette occurrence ravit tout de même les oreilles, en attendant les réalisateurs suivants qui feront preuve de plus d’inspiration face à ce hit.

 

Black and White

Pour sa première réalisation, Robert De Niro s’est largement inspiré de son mentor et ami Martin Scorsese en multipliant les incursions musicales tout au long d’Il était une fois le Bronx.Calogero, jeune italo-américain admire le caïd de son quartier. Avec sa bande de copains, il s’identifie à cette figure de « réussite ». Mais au sein du Bronx dans les années 1960, une révolution se prépare. Les Italiens voient peu à peu s’installer une autre communauté contre laquelle leur haine grandit : les Noirs. Glandant au soleil, la clique de Calogero déverse sa rage sur quelques cyclistes noirs qui traversent « leur » zone. S’en suit un passage à tabac d’une extrême violence, contrebalancé par le titre des Moody Blues. Cette séquence qui illustre la ségrégation de l’époque et les luttes communautaires, offre un deuxième niveau de lecture. Le jeune héros est en effet amoureux d’une Noire et se retrouve alors face à un dilemme : soutenir ses amis dans leur explosion raciste ou se désolidariser d’eux, quitte à être ostracisé. La complexité de cette prise de conscience cornélienne prend tout son sens grâce à l’utilisation de Nights in White Satin. Musique douce sur des images brutales, rien de tel pour rendre compte du télescopage émotionnel qui traverse le personnage.

 

Lost in America

Martin Scorsese détient incontestablement la palme du cinéaste de la musique des années 1960. Assistant réal et monteur sur Woodstock, le film qui relate l’épique festival de 1969, il voue un culte aux Rolling Stones et a réalisé No Direction Home, un documentaire sur Bob Dylan. Dans Casino, dont la bande originale raconte à elle seule l’Amérique des Trente Glorieuses, Scorsese glisse les Moody Blues au détour de la scène originelle du déclin annoncé. Ginger (Sharon Stone), belle à se damner, vampe Nicky Santoro (Joe Pesci), le meilleur ami de Sam (Robert De Niro), son gangster de mari. Ils nouent leur alliance tacite sur un baiser, annonciateur de la tragédie en marche. La langueur du titre met en lumière la tentative charmeuse de l’héroïne, autant sur Joe Pesci que sur le public. Mais le choix de Nights in White Satin permet en outre d’ancrer le récit dans un contexte historique. L’Amérique post-hippie, un pays aux rêves fracassés sur l’écueil de la réalité, symbolise étonnamment bien la trajectoire du couple Ginger/ Sam, incarnation parfaite de  la Némésis du rêve américain, hurlant une réponse violente à l’échec pacifiste. 

 

Petite berceuse

Une jolie blonde assoupie dans son lit. Belle et douce image, surtout si elle est portée par la musique des Moody Blues. Mais, l’intérêt d’une bonne bande-originale repose souvent sur un contre-emploi assumé. Rob Zombie l’a bien compris lorsqu’il s’attèle au remake du deuxième volet d’Halloween. La jeune fille endormie n’est autre que Laurie Strode, la victime rescapée du premier opus. Elle  se remet du massacre dans un hôpital, veillée par des infirmiers assoupis. L’intelligence de Zombie (et sa finesse, malgré une volée d’hémoglobine dans les prochaines séquences), est de jouer sur le contre-pied. Tout spectateur d’H2 sait que Michael Myers ne va pas tarder à montrer le bout de son couteau. L’obscurité poisseuse de l’hôpital désert, l’héroïne en piteuse état concourent à faire saliver d’impatience le public quant à l’apparition du tueur. Conscient que le film va basculer dans la sauvagerie la plus sanglante, le réalisateur offre une dernière bouffée d’harmonie (musicale) pour contrebalancer le chaos qui menace (scénaristique et visuel). Et afin d’en faire profiter le personnage, le morceau a droit à une utilisation diégétique. Dans la chambre de Laurie, une télévision diffuse, dans le silence de la nuit, le clip en noir & blanc de Nights in White Satin. La séquence se clôt par un gros plan sur l’écran, transformant la chanson d’amour en chant du cygne.

Halloween 2 (11e min) :

 

Intemporel bordel

Les bordels excitent puissamment l’imagination des artistes. Baudelaire, Zola, Toulouse-Lautrec ont croqué en leur temps les maisons de tolérance. Mais les réalisateurs contemporains n’ont pas perdu la main. Après la série Maison Close, L’Apollonide de Bertrand Bonello s’empare de ce lieu quasi-mythique, entre délire fantasmatique et réalité obscène. Le film narre le quotidien d’une maison de passe dans le Paris fin de siècle. Violence, débauche et syphilis ne sont que quelques unes des joyeusetés mis en scène par Bonello. Foncièrement tragique, le film oscille entre l’infinie tendresse des filles entre elles et l’horreur qu’elles endurent. Suite à un décès, pic dramatique intense, elles se réunissent et partagent leur détresse lors d’une danse triste et érotique, portée par les Moody Blues. Tournée en plan-séquence, la scène musicale totalement anachronique se teinte d’une impression d’évidence tant la musique semble porter ces corps dénudés tordus de chagrin. Abandonnant le côté slow, le réalisateur use de Nights in White Satin comme d’un requiem, une bien belle musique pour un enterrement.

 

Prochain épisode : Love is strange de Mickey & Sylvia

Voir aussi :
Sur un air de White Rabbit
Sur un air de Bauhaus
Sur un air de New New
Sur un air de Mister Sandman
Sur un air de Where is my mind

Par Ursula Michel
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