
Je crains que l'équation ne se vérifie pas toujours, mais il faut y croire. Surtout quand certaines news font naître l'espoir, quand se dessine sur le visage du cinéphile un sourire passionné, quand, trahi par son regard songeur et lumineux, quelques mots suffisent à le rendre heureux : Jason Statham, Sylvester Stallone, David Carradine, La course à la mort de l'an 2000, Tom Cruise, Death Race 3000, Mortal Kombat... C'est presque trop !(Quelques mouvements de Tai-chi bien choisis pourront, à ce moment opportun, aider le lecteur à reprendre ses esprits)Maintenant contenue l'immédiate et excessive euphorie, place à l'info : en 1975 sortait Death Race 2000, La course à la mort de l'an 2000 en VF. Chaque année, une course automobile très médiatisée traverse d'est en ouest les Etats-Unis, devenus un pays fasciste après une grave crise financière. Pas de règle, les concurrents peuvent s'entretuer, renverser des piétons pour gagner des points (avec un bonus pour les enfants ou les vieillards) et écraser les fans qui se sacrifient. Les deux principaux pilotes sont Frankenstein (David Carradine, le héros) et Machine Gun (Sylvester Stallone, en bad guy dans un de ses premiers rôles), parmi d'autres compétiteurs tels Matilda the Hun, la néo-nazie (?!). Une organisation appelée la résistance américaine s'en prend de plus aux médias et aux pilotes afin d'empêcher la course...
Produit par Roger Corman, Death Race 2000 est un film d'exploitation typique de la compagnie New World, avec un budget réduit (300.000$), des scènes violentes et des jeunes femmes en petite tenue. Corman est réalisateur (plus de 50 long-métrages entre 1955 et 1971), producteur zélé (près de 400 films), spécialiste de séries B souvent tournées très rapidement (deux jours pour La petite boutique des horreurs, un record). Figurent ainsi dans sa filmographie : Voyage to the Planet of Prehistoric Women, Night of the Cobra Woman, Caged Females, Women's Penitentiary 3, Naked Vengeance, Big Bad Mama, Barbarian Queen 1 & 2, Stripped to Kill 1 & 2, Fighting Mad, Angels Behind Bars, Humanoids from the Deep, Young L.A. Nurses 3, Emmanuelle 6 ou encore Attack of the Bat Monsters... Mais pas de jugement hâtif sur l'oeuvre de Corman : les films d'exploitation qu'il produit et distribue lui permettent de financer des projets plus artistiques, et de dénicher de nombreux talents, parmi lesquels Francis Ford Coppola, James Cameron, Martin Scorsese, Ron Howard ou Robert de Niro. C'est lui qui distribua, aux Etats-Unis, La planète Sauvage, film d'animation culte de René Laloux (une version avec une bande son revisitée pourra être vue ici). Roger Corman a aussi joué dans quelques films dont Le Parrain II, Le Silence des agneaux, Philadelphia ou Apollo 13.Il revendique d'autre part son engagement politique à gauche, et si ses films ont avant tout pour objectif de divertir, certains ont une portée supplémentaire. Death Race 2000, après Rollerball (sorti la même année), dénonce ainsi la dérive des jeux télévisés et la violence de médias racoleurs et corrompus. Le casting, l'humour noir et la cruauté gratuite de ce Mad Max cheap et kitsch en font un objet cinématographique forcément culte, dont la suite intitulée Cannonball, sortie l'année suivante, ne présente en revanche pas grand intérêt.

Mais quelle actualité pour cette course folle ? Un remake, évidemment. Tom Cruise devait être la star de Death Race 3000, il n'en sera finalement que le producteur. L'écriture et la réalisation sont confiées au subtil Paul W.S. Anderson (Mortal Kombat, Resident Evil, Alien vs. Predator), et c'est Jason Statham (Le Transporteur) qui reprend le rôle-titre. Un ringard pour un ringard, certes, mais avec sa prestation toute en testostérone dans Hyper Tension, l'acteur anglais a gagné mon respect. Il y prouve, avec brio, que des coups donnés très fort et avec conviction dispensent de tout scénario. Nous promet-il dès lors un remake excessivement violent et proportionnellement jubilatoire ? C'est, en ces temps troublés, mon voeu le plus cher.