
Black is beautifulLe retour de Spike Lee avec La 25e heure, peu de temps après son César d'honneur (c'est pas grand chose, mais ça mérite d'être signalé) fait très plaisir. Il paraît qu'il est en forme, et nous en ferons donc notre film de la semaine. L'occasion de souligner la présence toujours pertinente d'Edward Norton, acteur protéiforme et risque tout, auquel le Max Linder rend un hommage en 5 films. Jolie J-LoSi Spike Lee a encore la rage, Wayne Wang, lui, semble se caraméliser de plus en plus à Hollywood, et signe un Maid in Manhattan (joli jeu de mots ringardisé en Coup de foudre à Manhattan) qu'on imagine totalement dévolu à la gloire de son actrice principale, J-Lo. Avec Ralph Fiennes, elle forme le couple le plus intriguant que les comédies romantiques aient pu connaître ces derniers temps. Peut-être une bonne surprise à l'arrivée.The Hours Dans la série "Les Américains nous font pleurer" (au cinéma, s'entend), deux films se battent pour le prix du nanar de la semaine. Le plus attendu pour ce titre, Star Trek Nemesis, dont le scénario est sans doute mieux écrit qu'un discours de W, aura quand même du mal à convaincre, même les fanatiques de SF indigente. La surprise vient du nouveau film du fort estimable Todd Haynes, qui avait signé le très beau Safe, mais qui semble avoir franchement dérapé avec une tentative d'hommage aux mélos flamboyants de Douglas Sirk, Loin du Paradis. On attendra peut-être The Hours, la semaine prochaine, pour retrouver la sublime Julianne Moore.Attraction/répulsionUne adaptation de Bret Easton Ellis ne pouvant laisser indifférent, Les Lois de l'Attraction réalisé par Roger Avary (Killing Zoé) devrait sainement diviser les foules. Ici, nous sommes divisés par le film, et nous le divisons. Une adaptation d'Amélie Nothomb se devant de séduire tout le monde, Stupeur et Tremblement d'Alain Corneau devrait séduire tout le monde. Enfin, pas Flu.Pas vu/Pas prisPour poursuivre parmi les sorties françaises, nous n'avons pas vu Iran, sous le voile des apparences, un documentaire de Thierry Michel, qui tente de revenir sur des préjugés contre ce pays. Ni Mimi, de Claire Simon, un documentaire sur Mimi, qui tente le pari de dévoiler le romanesque dans la vie la plus quotidienne de « quelqu'un ». "Goyas" espagnolsEnfin, deux films dont on devrait reparler une fois qu'on les aura vus : La Cité de Dieu, de Fernando Meirelles et Katia Lund, qui dépeint la violence extrême qui règne dans les favelas de Rio de Janeiro, et Les Lundis au soleil, de Fernando Leon de Aranoa, primé aux "Goyas" espagnols, semble-t-il porté par la présence exceptionnelle de Javier Bardem.Corée et JaponComme il n'y a aucune sortie asiatique cette semaine, rappelons la présence sur nos écrans de trois films du Coréen Hong Sangsoo, qui font plus que de mériter le déplacement, tout comme le festival de la Maison du Japon consacré aux cinéastes des années 80 et 90. Pour finir, retour sur une disparition qui a marqué le cinéma français très profondément, et dont les conséquences n'ont pas finit de se faire sentir. Si les Césars l'ont fait, nous aussi, on peut le faire .
Laurence Reymond
Hommage"Gamin, je le trouvais insupportable. Pédant, légèrement imbu de sa personne et d'un calme olympien qui me rendait agressif. Il s'agissait de Daniel Toscan du Plantier. Celui qui l'assistait se nommait Alain Chabat et il n'avait pas encore eu l'idée de filmer les Pyramides. J'avais à peu prés 8 ans, et ma première émission de cinoche, ce fut Prochainement sur C+. J'adorais la discrétion assurée de Chabat, je haïssais la bêtise intellectuelle de Toscan du Plantier. J'étais fou d'images glorifiées par Chabat. Je rejetais en bloc les instants de vie cinématographiques plébiscités par le cinéphile moustachu. Et puis les années ont passé et je m'aperçois d'une chose irrévocable : je n'avais rien compris ! Quelques jours avant la disparition de Daniel Toscan du Plantier, nous avions appris avec stupéfaction le décès de Pialat. Il serait vain de rappeler la place importante (première pour certains, dont Godard Suisse également) qu'occupait Pialat dans le paysage cinématographique français. Il serait futile de citer toutes les anecdotes propres au caractère grandiose de mauvaise foi du cinéaste tant le principal sujet résidait moins dans sa personnalité que dans son talent de metteur en scène. Passons sur les nombreuses attaques ou phrases assassines lancées contre des cinéastes (Truffaut en tête) ou des mouvements cinématographiques prestigieuses (la Nouvelle Vague encore et toujours). Pialat était simplement un être humain qui avait la fâcheuse tendance d'avoir la gueule ouverte là où l'on s'y attendait le moins. Ses films eurent le mérite de montrer en toute simplicité un monde ordinaire dans lequel évoluaient des personnages extraordinaires. Ses bouts de pellicule résumaient en quelques titres tous les éléments de contradiction, toutes ces petites tâches de réalisme qui venaient heurter nos regards vierges ainsi que tous ces instants de vie qui se font et se défont tel une valse à mille temps. Ce petit homme trapu, bourru comme pas deux, qui rouspétait sans cesse pour la beauté de son art, qui s'enflammait pour une brindille de magnificence picturale, qui virevoltait pour effleurer le réel par petites touches ludiques, ce mastodonte du cinéma avait un coeur simple. Il a fermé les yeux. Il est reparti pour un autre monde, plus onirique et sans doute plus sain. Il s'appelait Pialat et c'est le plus grand qui s'est tiré ! Petite confidence. Je pensais naïvement rencontrer un jour l'homme pour le questionner sur son métier de cinéaste. Maladroitement, j'aurais citer entre deux phrases, le nom de Truffaut. Sans doute, il m'aurait fixé du regard puis en esquissant un petit sourire, m'aurait dit sur un ton sarcastique : « Recommençons tout depuis le début ! » Samedi dernier, les professionnels de la profession rendirent un hommage "hénaurme" à Toscan du Plantier et discret à Pialat. La soirée fut longue, ennuyeuse et carrément conventionnelle. Je décidais de regarder pour la énième fois La Prisonnière du désert, vigoureux western de John Ford. A la fin du film, je constatais une chose qui ne m'avait auparavant jamais frappé : le texte de la ballade finale est, selon moi, la plus belle définition de l'esprit cinéphile trouvé dans un film : " L'homme s'en va à la recherche de son âme, il cherchera loin, très loin, la paix de son coeur, il la trouvera, mais où Seigneur ? Seigneur, où donc, en s'eloignant, au loin ". Je ne suis pas prêt de m'arrêter.
Samir Ardjoum