
Cette profusion n'est pas une exception. Régulièrement nous arrivent des oeuvres venues d'horizons divers. Cette abondance de mondes et de regards est source de mises en perspective et de réflexions. Son statut estnéanmoins précaire. Elle est aujourd'hui en butte àdes distributeurs de plus en plus timorés. Dès qu'ilsenvisagent, à tort ou à raison, que l'exploitationd'un film peut entraîner la moindre perte financière,ils se désistent. Le film ne peut alors sortir et estcondamné à nourrir les souvenirs de ceux qui auraienteu la chance de le voir dans quelque festival. Il netient qu'aux spectateurs mais aussi aux exploitantsindépendants, dont le courage ne sera jamais assezloué, de contrecarrer cette logique. Pour cela, ilsuffit non seulement de saluer cette multitude,offerte d'ailleurs à la seule région parisienne,mais aussi de s'en abreuver. C'est à ce prix que ledéficit d'images venues de l'étranger, dissimulé sousla profusion des reportages télévisuels et de leursstéréotypes répétés sans répit, peut être réduit.L'enjeu est grand. Car plus l'homme se soumet auspectacle de l'autre, dans ce que celui-ci a dequotidien et de profond, plus il est prêt à l'accepteret à dialoguer. Aveuglé d'images qui réduisent lelointain à quelques signes immédiatementinterprétables, il se sent au contraire plus complexe,plus puissant que cet autre ; il se croit donc en droitde le dominer. Aussi, afin d'éviter cetethnocentrisme, dont personne n'est vraiment à l'abri,entamons un rapide tour du monde.Nous commencerons par l'Inde et Devdas. Pur produit de Bollywood - entendre «Hollywood revue et corrigée par Bombay »-, ce filmserait à ce jour le plus gros budget du cinéma indien.Sa trame, adaptée d'un roman très célèbre en Inde,mêle des amours rendus impossibles par le système decastes. La profusion des décors et des costumes, leurschatoiements soulignés par les chants et les dansesnous ont conquis, même si cette prodigalité n'est passans défauts et ne sera peut-être pas du goût de toutle monde.Le voyage se poursuit en Asie dusud-est. La danse de la cigogne est aussi unévénement, mais d'une nature toute autre. Pourtant, deprime abord, son sujet n'a rien d'exceptionnel. Ilparaît être une énième reconstitution de la guerre duViêt-nam. En fait, il est à la fois cela et plus quecela. Car c'est le premier film sur cette périoderéalisé sur les lieux même de l'action, et nondans les contrées utilisées par le cinéma américaincomme la Thaïlande et les Philippines, avec une équipeet des moyens entièrement locaux. De cetteparticularité, on pouvait attendre une formulationnouvelle et des idées intéressantes sur ce conflittant décrit. Malheureusement il n'est en rien. Enl'état, le film n'est pour les viêt-namiens qu'uneétape, balbutiante, vers la reconquête de leur proprehistoire. L'escale suivante est Hiroshima Ville d'unJapon qui, soixante ans après la fin tragique de ladernière guerre mondiale en date, est toujours enquête d'identité. Femmes en miroir a été réalisé par un très grand réalisateur japonais, Kiju Yoshida. Dans les années soixante, il fut une des principalesfigures de la nouvelle vague nippone. Son dernier filmmontre qu'il n'a rien perdu de son talent deformaliste. Par contre, le discours qu'il propose surles vibrations de l'Histoire nous a paru bien creux etennuyeux. On conseillera donc plutôt à la place larétrospective de son oeuvre qu'organisera le Méliès,un excellent cinéma de Montreuil (M° Croix deChavaux), du 9 au 15 avril.Nous abordons ensuite le continent américain.L'Argentine nous accueille avec un titre en formed'invitation au voyage et à la volupté : Toutes leshôtesses de l'air vont au paradis. Le réalisateurDaniel Burman, après En attendant le messie, revientavec un amour du bout du monde. S'éloignant del'approche socio-économique, fort compréhensible, desoeuvres de ces compatriotes, il raconte une romanceentre un médecin et une hôtesse de l'air, avec pourtoile de fond Ushuaïa, le point le plus austral de laplanète. L'ensemble est suffisamment insolite etséduisant pour aiguiser notre curiosité. Remontons ettraversons rapidement les Etats-Unis. Ce n'est pas leNational security de circonstance, ni La Famille de lajungle, dessin animé adapté d'une série télévisée, quiretiendront notre attention. Signalons néanmoins lareprise dans les salles Action de Embrasse-moi idiot,une brillante satire de Billy Wilder avec Dean Martindatant de 1964. A l'époque, pour avoir montrer qu'unbon citoyen a peut-être moins de moralité qu'uneprostituée, il avait subi les foudres des bienspensants. Qu'en serait-il de nos jours quand leprésident américain fait une prière à chacun de sesdiscours publics ? Avant de rejoindre l'Europe, on peuts'arrêter au Canada. La comédienne Carole Laure ysigne son premier film, Les Fils de Marie, tourné envidéo avec des moyens affranchis de toute contrainte.Elle y incarne une femme à la recherche d'un fils desubstitution. Elle devra choisir entre quatrecandidats. J'ai pour l'actrice et les choix qu'elle aeffectués par le passé une sympathie qui ne peut querejaillir par a priori sur mon jugement et queconfortent à mes yeux la modestie et la liberté du film.Le retour en France passe par une escale au Danemark.Mais nous ne pouvons dire si elle agréable car nousn'avons pas vu Open hearts. La France, elle, déroulele tapis rouge et, en quatre films, nous propose unaccueil de prestige : Carole Bouquet - Bienvenue chezles Rozes, l'affiche laisse présager un certain humournoir, à voir donc sous réserve -, Jean-PierreDarroussin, Bernard Campan, Gérard Darmon - Le coeurdes hommes, les deux derniers sont plutôt habitués aupire qu'au meilleur -, Chantal Lauby - Laisse tesmains sur mes hanches, l'ancienne des Nuls s'est-ellecontentée d'être là ou a-t-elle aussi pensé en termede cinéma ? - et Grégoire Colin - Snowboarder, cetacteur apparaît toujours où on ne l'attend pas, maison peut refuser de le suivre dans ce Point break à lafrançaise pour amateurs de surf des neiges. Le voyage se termine en Suisse par un documentaireconsacré aux effets physiologiques de la télévision.Dans Le Tube, Le réalisateur Peter Entell nous apprend que, par la rapidité de ses images, la télévision neutraliserait la partie gauche du cerveau, celle de la logique, et produirait ainsi un effet similaire àcelui de certaines drogues. Résultat scientifique ousimple paranoïa ? En tout cas, voici un documentaire àne pas mettre, en ces temps de propagande intensive,devant les yeux de n'importe quel dirigeant et quinous pousse surtout à retourner au cinéma.