Smoking, no smoking

11/05/2007 - 17h26
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Smoking, no smoking

 

Jadis, tout le monde fumait. Les héros, leurs ennemis, les jeunes loups, les vieux briscards, les séducteurs et les femmes fatales. Mais les temps ont changé, les poumons se décrassent et la cigarette a progressivement délaissé le grand écran, comme le petit. La sèche américaine du fier cow-boy, au cheval chargé de valeurs texanes et positives, s'en est allée au coin des lèvres des bad guys. Ordre moral (ou conseil du médecin) oblige, la cigarette à Hollywood est devenue l'apanage de types vraiment méchants. Plus il fume, moins il a de pitié. C'est rude mais c'est comme ça. Pour les femmes, le paquet "qui tue" est l'implacable témoin d'une vie qui part en sucette à l'eucalyptus. Gare aux mauvaises mères, le message est clair. Autre éventualité, le yakusa, ou le chinois (quelle différence, à l'est de Jérusalem l'Orient est de toute façon trop extrême). Oh le barbare ! Il mange des chiens, torture Jack Bauer, fait travailler les enfants (rien que pour ruiner l'économie occidentale) et fume clope sur clope (rien que pour le plaisir). D'ailleurs c'est maintenant la Chine qui produit les cigarettes, comme ces Cháng Jiāng que grille Keanu Reeves sur le chemin de l'enfer dans Constantine...Le rapport du cinéma au tabac a suivi l'évolution des moeurs, doucement mais sûrement.

 

Le spectateur a quand-même eu droit à une transition, nommée John McClane. L'anti-héros de la saga Die Hard, interprété par Bruce Willis, a déjà sauvé le monde trois fois. Et jusqu'ici, John, imbibé et mal rasé, profitait des courts moments de répit qui séparaient ses cascades pour fumer. De retour en salles le 4 juillet prochain après douze ans d'absence, le flic bougon devrait être plus irritable que jamais, je suis sûr qu'il a arrêté.

 

Et c'est bien normal, car la cigarette au cinéma, c'est mal. Selon une étude de l'American Lung Association menée en 1997-98, 88% des 50 films les plus vus comportaient des scènes montrant l'usage de tabac, et dans 74% d'entre eux les vedettes principales fumaient. D'après une autre étude du Center for Tobacco Control Research and Education de l'université de San Fransisco, la cigarette sur grand écran est le premier facteur d'incitation à fumer pour 52% des adolescents. Des associations comme Smoke Free Movies font du lobbying depuis un certain temps, et viennent d'obtenir de la MPAA (Motion Picture Association of America) qu'elle fasse un geste. A l'instar des scènes de sexe, de violence ou aux dialogues "d'adulte", la présence dans un film de mineurs la clope au bec pouvait déjà justifier un classement plus contraignant. Désormais, les restrictions pourront s'appliquer si le film fait un portrait trop "glamour" du fumeur, ou s'il montre la cigarette avec trop d'insistance, et en dehors de tout contexte pouvant l'expliquer (historique par exemple).Le classement des films étant un enjeu financier important, les fumeurs risquent de déserter les productions hollywoodiennes, surtout les beaux, qui réussissent à être glamour malgré leur mégot.

 

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