
"L’affiche n’a pas comme objectif d’être belle mais d’être efficace", plaidait le distributeur de films Christophe Courtois dans une interview donnée au Nouvel Observateur, allant jusqu'à comparer, avec un cynisme revendiqué, les posters de cinéma et les emballages de yaourt. Si toutes les affiches se ressemblent aujourd'hui, c'est normal selon lui, car les couleurs ne sont que "des repères qui permettent au consommateur d’identifier ce qu’il achète". Vous voulez vendre au public "un grand film indépendant" ? Au diable la singularité, contentez vous de tartiner l'affiche en jaune comme celle de Little Miss Sunshine. Suivant ce raisonnement, le bleu serait réservé au documentaire animalier et les couleurs pastels aux mélos. Le but étant de "rassurer" le client potentiel, sans jamais le tromper sur la marchandise.
D'accord. Mais alors, si tout est si clair, qu'ont donc voulu vendre à leurs "clients" les distributeurs de Reality, le nouveau film de Matteo Garrone, sinon un Tournée, épisode II ? Pourquoi avoir été jusqu'à choisir le même dessinateur (Christophe Blain), le même fond coloré (rouge) et la même police de cabaret (jaune) ? Les deux films, distribués par Le Pacte, n'ont à priori aucun rapport : d'un côté, une comédie satirique sur la télé-réalité en Italie, de l'autre une virée franco-américaine et musicale dans l'univers du burlesque féminin. A la limite, leur aspect tragi-comique peut les rapprocher, tout comme leur prix cannois : le Grand Prix du Jury obtenu par le réalisateur de Gomorra en 2012 est d'ailleurs affiché fièrement en blanc sur fond rouge, tout comme le Prix de La Mise en Scène de Mathieu Amalric deux ans plus tôt.
Mais le lien reste quand même trop maigre pour justifier ce paresseux auto-plagiat. Au départ, l'affiche de Reality devait pourtant être noire. Trop sombre, et trop audacieux sans doute aussi au goût du distributeur, qui a préféré faire sagement le clone avec son nez rouge.
Voir aussi : Reality, le film dont la star est en prison
Par Eric VernayFollow @ericvernay