Pour en finir avec Avatar

26/01/2010 - 15h52
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Pour en finir avec Avatar

 

C'est officiel, Avatar vient de dépasser Titanic au box-office mondial. Le bébé de James Cameron devient le "film ayant rapporté le plus d'argent dans l'histoire du cinéma", comme on peut le voir ici. Mais ce chiffre ne tient pas compte de l'inflation et se retrouve gonflé par le prix des lunettes 3D. Avatar n'est du coup pas encore le film le plus vu de tous les temps (statut toujours détenu par Autant en emporte le vent).

 

Il n'empêche que la rapidité de ce succès impressionne. En France, Avatar a par exemple dépassé ce week-end les 11 millions d'entrées (en moins de 6 semaines d'exploitation), score astronomique pour un film de science-fiction. Au-delà de la faramineuse campagne marketing, Avatar a donc su créér un puissant engouement autour de lui, se transformant en phénomène de société.

 

Tentons d'analyser en quelques points le triomphe d'Avatar.

 

- Le scénario... ?

 

Vous l'aurez constaté, les discussions autour d'Avatar débutent souvent par une phrase du type "l'expérience visuelle vaut le détour mais le scénario est idiot". Transposant dans le futur les trames de Pocahontas et Danse avec les loups, le scénario de James Cameron ne possède rien de fondamentalement révolutionnaire. Il a pourtant su parler à différentes générations et émouvoir des armées de fans qui retournent voir le film sans sourciller. Etablissant un parallèle entre le peuple Navi et les Indiens d''Amérique et donnant à l'espèce humaine le rôle des envahisseurs, James Cameron réalise une sorte de plaidoyer anti-colonialiste et anti-impérialiste, réactualisé autour d'une métaphore de l'invasion irakienne de 2003. Le cinéaste y ajoute un appel appuyé à la préservation de l'environnement et joue avec les nouveaux codes sociaux du début de 21ème siècle (les tresses des Navis faisant office de clés USB et le système de communication de leur civilisation fonctionnant comme immense réseau connecté, évidente analogie avec Internet).

 

... pas si médiocre

 

Au-delà de cet aspect fourre-tout (qui fait aussi appel aux cultures hindouistes ou chamaniques) et légèrement opportuniste, Avatar trouve surtout sa cohérence dans la façon dont James Cameron dessine le parcours de son personnage principal. Cloué dans un fauteuil roulant, Jake Sully se voit offir la possibilité de renouer, dans un nouveau corps, avec des sensations perdues. Il va ainsi expérimenter tout au long du récit un certain rapport à la mort et à sa propre finitude d'être humain. Des forums de fans ont par exemple insisté sur la thématique du "caisson-cercueil" : Jake débute en effet l'aventure dans un caisson de cryogénisation, avant de passer la majeure partie du film enfermé dans un caisson de transmission; si cette "boîte" lui permet de piloter son avatar, elle ressemble fortement à un cercuei. Les différents allers-retours entre le corps réel de Jake et son corps d'avatar rythment le film et donnent à voir toute une série de résurrections (qui rappellent celles d'Abyss). Navigant constamment entre la vie et la mort, entre une chair abîmée et une nouvelle enveloppe corporelle, Jake choisira finalement de quitter son corps d'humain. Derrière tout l'attirail technologique, Avatar ne fait finalement que dresser le portrait d'un homme qui s'interroge sur la part d'humanité qui réside en lui, au moment où ses contemporains perdent eux tout lien avec les valeurs humaines. L'histoire n'est pas neuve mais James Cameron la traite avec suffisamment de sincérité et de savoir-faire pour hisser son film au-dessus de la masse des blockbusters hollywoodiens.

 

Par ailleurs, beaucoup font remarquer que le premier montage du film faisait 3h10 mais que Cameron a coupé près de 30 minutes afin de rendre le film diffusable dans les salles IMAX (qui ne supportent pas plus de 2h40 de projection). On peut interpréter ce choix comme une compromission faite aux sirènes du box-office, mais il indique aussi que les rapports entre les personnages étaient à l'origine plus étoffés que dans la version sortie en salle. La plupart des scènes coupées figureront ainsi dans le DVD.

 

- Des polémiques qui servent le film

 

Avatar n'était pas seulement le film de Noël, puisqu'il se maintient partout en tête du box-office depuis près de 6 semaines. Mis sur le devant de la scène, le film a suscité plusieurs polémiques. Il y eût d'abord le texte autour de la culpabilité de l'homme blanc, qui voit dans Avatar un "fantasme de culpabilité blanche mis à nu", basé sur le "désir de diriger les gens de couleur de l'intérieur plutôt que de l'extérieur". Quelques jours plus tard, c'est Radio Vatican qui mettait en garde contre le film, accusé de faire l'éloge du panthéisme : "la planète Pandora flirte avec toutes ces pseudo-doctrines qui tournent l'écologie en religion du millénaire; la nature n'est plus une création à défendre mais une divinité à adorer", déplorait la "radio du pape". Egalement accusé par certains conservateurs américains de diffuser des thèses anti-militaristes, Avatar a ensuite été entraîné dans une "polémique chinoise". Alors que le film battait tous les records en Chine, il a perdu le week-end dernier beaucoup de ses salles 2D (mais il continue à passer sur les écrans 3D). Certains y ont vu un acte de censure du régime chinois, qui serait échaudé par le parallèle reliant les Navis - menacés par des humains avides de ressources minières - et les petits propriétaires chinois expulsés de force par les promoteurs dans les grandes villes du pays. Mais à y regarder de plus près, on constate que le système de distribution cinématographique a toujours fonctionné ainsi en Chine : seuls 20 films étrangers sont autorisés à sortir chaque année et ils doivent céder leur place dès qu'arrive un blockbuster chinois (en l'occurrence, Confucius).A l'heure du web-roi, toutes ces polémiques n'ont de toute façon fait qu'entretenir l'intérêt et les discussions autour d'Avatar, si bien qu'on imagine aisément la Fox s'en frotter les mains.

 

- Un avenir assuré

 

James Cameron (qui a maintenant sa propre chanson) peut en tout cas souffler. Après avoir triomphé aux Golden Globes, Avatar se prépare maintenant à être nommé aux Oscars (qui auront lieu le 7 mars prochain). Continuant à caracoler en tête des box-office mondiaux, le film devrait occuper les salles jusqu'à fin mars. Le DVD, annoncé en France pour le 21 avril, devrait lui aussi cartonner. Le réalisateur a réussi ses divers paris : battre ses propres records, imposer la technologie 3D à un très large public et convertir les non-initiés au genre fantastique.

 

Mais si Avatar est pétri de qualités, on regrettera qu'il ait à ce point éclipsé les autres films de l'hiver. On ressent également une certaine nostalgie à voir Titanic ainsi battu, lui dont le triomphe en 1998 relevait du miracle. Franchement inattendu, ne bénéficiant pas du même buzz internet, s'étalant sur une période plus longue, le carton de Titanic semblait moins scientifique et programmé que celui d'Avatar. Titanic dépassé, c'est aussi une part du 20ème siècle qui s'en va...

 

- Lire la critique d'Avatar

 

- Voir le diaporama "James Cameron : la révolution perpétuelle" 

 

- Voir la rencontre vidéo avec des fans de James Cameron

 

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