Pinocchio 2 - Roberto Benigni Un épouvantail dans un champ de navets

07/05/2008 - 14h58
  • 0
Pinocchio 2 - Roberto Benigni
Avec ce Pinocchio, Roberto Benigni, comique italien ayant oeuvré pour Federico Fellini, pense peut-être avoir réalisé son Casanova. Tout est là pour nous le faire croire : la mer artificicelle, la nuit et ses étoiles, une débauche de costumes et d'effets spéciaux. Si c'est le cas, laissons-le à ses illusions, qui ne sauraient contenter que lui et les électeurs de Berlusconi.

Cinq ans après La Vie est belle, Roberto Benigni revient avec une adaptation du Pinocchio de Carlo Collodi. Il en est à la fois le réalisateur et l'interprète du rôle-titre. L'adulte imite donc l'enfant. Ce choix de mise en scène est similaire à celui effectué en 1911 par Giulio Antamoro qui dirigea, lors de la première adaptation du conte au cinéma, le clown acrobate Fernand Guillaume. De prime abord, l'option paraît intéressante. Elle se traduit de manière littérale par l'image d'un enfant enfermé dans un corps d'adulte. Elle entre donc en résonance avec la condition de Pinocchio, prisonnier d'une enveloppe de bois qui le rend étranger à lui-même. L'identité entre la marionnette et Benigni pourrait produire une incongruité bienvenue au regard du mal être qu'elle symbolise. Mais l'Italien a préféré effacer cette bizarrerie. On sent qu'elle le gêne. Aussi fait-il interpréter les enfants par des adultes, sans aucune exception. Benigni s'entoure de personnes de sa taille et évacue le malaise et l'inquiétude que pourrait produire son interprétation. Il n'y a plus de singularité puisque celle-ci est devenue la règle. Benigni aurait pu suivre la voie périlleuse explorée par Francis Ford Coppola dans Jack, fable fantastique où Robin Williams personnifie un enfant à l'apparence d'adulte, perdu dans un monde inadapté à sa pathologie. Il a préféré s'écarter de la régression et de sa dimension anarchique pour exécuter ce qu'il croit être un simple apologue à la gloire de la vie. Il tente de donner le change en martelant les juges et les carabiniers, représentants de la loi dignes du guignol. Il n'en reste pas moins dans un entre-deux, prenant systématiquement le chemin de l'esquive dès que survient une difficulté esthétique ou morale. La manière dont il filme, ou plutôt ne filme pas les transformations qui ponctuent le récit - le tronc devenant Pinocchio sous le ciseau de Geppetto, les garnements changés en ânes, le pantin métamorphosé en petit garçon - est significative. Benigni montre alors son incompétence et son dénuement en terme de mise en scène. La collaboration de techniciens de grands talents, en particulier aux lumières, aux costumes et aux décors, pourrait faire illusion. Mais la technique n'est rien si elle n'est pas tenue par une idée. Et d'idée, Benigni en manque cruellement. A tel point que l'on se demande s'il n'a pas choisi volontairement le camp de la neutralité.Sa prestation se résumant aux gesticulations d'un benêt noyé dans un flot de pitreries bien inoffensives laissera songeur plus d'un spectateur adulte. Peut-être qu'un enfant y trouvera plus son compte. Rien n'est moins sûr cependant. L'absence de figure enfantine empêche l'identification. L'enfant n'a pas de repère, d'échelle lui permettant de trouver sa place. A ses yeux, Benigni n'est pas Pinocchio ; il n'est qu'un adulte habillé d'un costume blanc et rouge et babillant sans cesse. Cette adaptation, avec sa faune de grandes personnes, lui est donc inhospitalière. Elle ne saurait l'accueillir. Si ce Pinocchio ne contente ni les adultes, ni leurs progénitures, et ne joue que sur le quiproquo qui veut que les grands croient savoir, à tort, ce qui convient les mieux à leurs chers bambins, comment expliquer son succès en Italie ? On peut avancer que la corde nationaliste pincée par Benigni, associée à une extraordinaire campagne de publicité, a dû produire son effet. En l'absence d'autres éléments, on constatera surtout qu'à l'heure de la soi-disant internationalisation des goûts, ceux des Italiens ne sont peut-être pas ceux des Français. Ce qui, au vu de ce médiocre film et en gageant qu'il ne rencontre ici qu'un succès mitigé, pourrait sonner pour nous comme une bonne nouvelle, et pour eux comme une mauvaise. Néanmoins, n'oublions pas que les navets qui rapportent de l'argent poussent aussi dans nos belles contrées.PinocchioRéal.: Roberto BenigniAvec: Roberto Benigni, Nicoletta Braschi, Carlo Giuffré, Peppe Barra, Kim Rossi Stuart.Italie, 2002, 1h41.Sortie officielle le 26 avril 2003.

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship