Piccoli, génial Pape malgré lui dans Habemus Papam de Moretti

13/05/2011 - 14h13
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Un peu dur de se lever pour une messe, il faut bien l'avouer. D'autant plus un vendredi à 8h30, c'est-à-dire vers 7h30 avec un pass jaune. Mais lorsque c'est Nanni Moretti qui la prononce, on est bien forcé de s'incliner : Habemus Papam, son nouveau film sur la crise existentielle d'un Pape fraîchement élu par le Conclave est une franche réussite. Le meilleur film vu à Cannes pour l'instant. Car, justement, et sans jeu de mot, il n'a rien de pontifiant. Le Vatican, et ses coutumes ancestrales pour désigner le successeur de Jean-Paul II, y sont tournées en dérision dès le début, mais sans aucune animosité ou anticléricalisme primaire de la part du réalisateur de La Chambre du fils.

 

Quand le psy que Moretti incarne dans le film débarque pour soigner le malheureux Pape (Michel Piccoli), complètement effrayé par la responsabilité qu'implique le trône de Saint-Pierre, on craint furtivement que la farce promise vire au simple numéro d'acteurs type Le Discours d'un roi. Mais vite balayée lors d'une hilarante scène de confession "analytique" en public, la prévisible mécanique duale entre âme et inconscient est joliment désamorcée par Moretti, qui déjoue les attentes avec une jubilation communicative. Croyance, fantasmes et refoulement se confondent en effet dans la figure de ce Pape malgré lui.

 

Sa crise existentielle, sorte de crise de foi mêlée de "sinusite psychique" provoquée par une "carence de soin", réveillent en lui ses désirs passés, et l'entraînent dans une escapade mélancolique et burlesque parmi les hommes. L'acteur raté va-t-il endosser ce dernier rôle ? En veut-il seulement? Piccoli insuffle une force phénoménale, toute de sursauts violents et de brisures fragiles, à ce sacré rôle. Et Moretti filme ce Pape indécis avec tendresse, tout comme le reste du casting d'ailleurs. Sous son regard gentiment moqueur en effet, les cardinaux, obligés de trouver des occupations ludiques en attendant le Souverain verdict - sont plus des hommes que des dieux. Il faut les voir jouer au volley en soutane !

 

Par Eric Vernay
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