Peut-on voir des films pour enfants ?

31/07/2012 - 14h00
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Généralement négligé par la critique, le film (live) pour enfants est pourtant un genre passionnant dont même les limites racontent quelque chose sur notre transmission des images. Petite analyse de ce qu’on montre à nos enfants.

 A côté du film animalier avec lequel il s'est souvent accouplé (les Beethoven et autres Etalon Noir), le film pour enfants constitue un corps étranger difficile à assimiler pour la critique ou le cinéphile. On ne parle pas du cinéma d'animation, mais live, qui aujourd'hui remplie plus souvent les bacs à discounter de DVD que les salles, et remonte aux débuts du cinéma - 1903 et la première adaptation d'Alice aux pays des merveilles, ou encore les années trente avec les films de Shirley Temple (Heidi, Petite princesse, Boucle d'or).

Conquérir les voies du jeune public ne date donc pas d'hier. Mais depuis que Disney a installé son empire et diversifié ses activités à partir des années 50 avec des films en prises de vue réelles (puis Disney Channel), cette ambition n'a cessé de croitre.Le film pour enfants, parent logique du film familial, n'a pourtant pas su grandir, à quelques exceptions près. Alors que les films d'animation, de Pixar et consorts, se veulent toujours plus malins et intelligents en touchant tous les publics, le film live pour enfants mise généralement sur l'absence de goût d'un spectateur trop jeune pour en avoir. Puisque ce sont les films avec lesquels on se forme, ou bien qu'on montre à ses enfants, la chose méritait bien un petit parcours.


Disneylogie

Le film pour enfants serait-il difficile à voir et comprendre avec les yeux d'un adulte ? Est-ce que Mary Poppins a-t-il mieux survécu cinématographiquement que Peter et Eliott le dragon ? Qu'est-ce qui fait qu'un film pour enfant est plus qu'un produit marketing ? Est-ce une question de conception ou de réception pour que le genre soit considéré sans préjugés ? Depuis que le film pour enfants existe, il a souvent entretenu deux choses : l'acteur, jeune et dans lequel le spectateur ciblé puisse se reconnaitre. Et des valeurs traditionnelles, manière pour la maison Disney (entre autres) d'imposer son idéologie au service de son économie. Celles-ci, qu'on retrouve plus que jamais dans les films girly d'Anne Hattaway au début des années 2000 (Princesse malgré elle, Un mariage de princesse), rassurent probablement des parents qui n'auront pourtant pas tous la même patience devant ses liqueurs de bonne moralité.

On dira qu'il n'est pas nécessaire d'apprécier ce que regardent nos enfants. Peut-être, mais pourquoi leur montrer ces films si on ne veut pas toujours les voir ? Parce qu'ils parlent aux bambins, ou pour les éduquer sans nous ? Il faut faire le tri. Les Princesse on Ice et autres Ramona et Beezus annoncent la couleur d'une industrie Disney qui continue de vouloir éduquer les masses en neutralisant toute sensibilité esthétique et critique. Mais, depuis les années 80, le genre a bougé. Laissant la place à diverses options qui entretiennent d'un côté cette incapacité à dépasser le produit vulgaire sans âme ou orienté, et de l'autre, plus rare, des films qui parlent de l'enfance et aux enfants avec leurs mots.


Golden 80's   

Avant le clivage des années 80, le film pour enfants n'en menait pas large. Au mieux était-il la rencontre de genres : le film de sport, tel que The Bad New Bears, dont sera tourné un remake en 2005 avec Billy Bob Thornton, et qui servira d'inspiration aux Petits champions avec Emilio Estevez. Ou le film de gangster (entièrement joué par des enfants), tel que du Rififi chez les mômes de Robert Altman avec Jodie Foster, qui dès 1976 annonce à sa façon la décennie à venir en mettant l'enfant au coeur du cinéma. Le fossé se creuse avec Spielberg et E.T, où l'enfance sert à la fois de tremplin à la croyance et aux bons sentiments, tout en montrant l'hostilité dont sont capables les adultes. Avec sa société Amblin, le cinéaste produit alors les joyaux du genre : dans Les Goonies et Le secret de la pyramide, les enfants ne sont jamais trahis ou pris de haut. Le monde est vu au travers de leur regard, les vertus pédagogiques sont celles du classicisme et du récit d'apprentissage adapté, on veut entretenir l'imaginaire et créer une connivence noble avec le spectateur.

Les films restent encore visibles et sont désormais acclamés par des cinéphiles qui ont grandi avec. John Hugues, père du teen movie des 80's, connait également bien l'enfance pour l'avoir traitée dans quelques comédies comme le célèbre Maman j’ai raté l’avion, ou Oncle Buck et La ptite arnaqueuse. A la même époque, et bien que dans des productions plus mineures (il est coupable de Beethoven), il capte avec aisance ses personnages sans les exploiter. D'autres films de mouvance spielbergienne comme Flight of the Navigator viendront compléter la liste d'une époque dont l'enfant devient le héros, aux cotés de L'histoire sans fin.


Bébé roi

Avec les années 80/90 arrive aussi une autre vision de l'enfant. Un enfant qu'on veut délibérément consommateur de produits sur-mesure, et dont on fait un héros agité. C'est l'époque du sale gosse. L'ère de Junior le terrible et de Denis la malice, qui s'engouffrant dans la brèche du succès des Home Alone, font leur crédo du gag hystérique et du gamin tête à claque. Il en sera de même avec Les chenapans, où les enfants turbulents se multiplient tels des gremlins. La mouvance des Jumanji et autres Flubber (films pour enfants avec Robin Williams) surferont sur la même vague surexcitée, les effets spéciaux en plus - effets qui débouchent aujourd'hui sur des aberrations comme Karate Dog. Les années 90 c'est aussi le temps des héros justiciers et ses Ninja Kids, qui feront des petits entre Les 3 ninjas se déchainent et Surf Ninjas. Il n'est alors plus question que de plaire vulgairement avec la mise en scène de jeunes acteurs enchainant les exploits, et peu importe la médiocrité de tout, puisque l'enfant n'a pas de critère pour juger.

Seul Robert Rodriguez avec ses Spy Kids, pourtant dans la même veine, remontera le niveau. Au début des années 2000, il apporte une fraicheur foutraque au genre, un côté drôle et bricolé de série B pour toute la famille. Car ce cinéma de gamins amateurs d'arts martiaux aux infâmes jaquettes DVD n'a pas pour souci de fédérer. A la même époque, il est l'antithèse de La petite princesse d'Alfonso Cuaron, belle adaptation du roman de Frances Hodgon Burnett (déjà adaptée en 1939 avec Shirley Temple) qui va au coeur de l'enfance pour se tenir à hauteur de ses rêves.


Trust me 

L'industrie hollywoodienne prend rarement les choses au sérieux lorsqu'il faut parler aux enfants. Elles peut dépenser beaucoup, en espérant ramasser un maximum, mais sans véritable exigence. Les Inspecteur Gadget, Chat chapeauté, Allo la police, Bratz, Treize à la douzaine  et autres Scooby-dooou Adventure Scouts ont fait leur preuve. Mettre ses enfants devant est à la limite de l'irresponsabilité, ou de l'attentat de mauvais goût. Nullité des scénarios, laideur de la mise en scène, humour crétin (le plus souvent), on a vu meilleure initiation au cinéma ; heureusement que Pixar veille au grain. La doxa du plus c'est bête, mieux c'est, semble être une norme qui font passer ceux creusant d'autres sillons pour des chefs d'oeuvre. Ainsi des Harry Potter, miraculeusement fédérateurs, mais aussi de Zathurapar Jon Favreau (auteur d'Iron Man), joli film fantastique empruntant une lignée spielbergienne pour parler aux kids rêvant d'espace dans leur maison de banlieue.

Faire un film pour enfants demande du sérieux et un regard. Il s'agit avant tout de ne pas penser en terme de produits calibrés, sinon ne ressortent que des malentendus, cette idée que l'enfant n'a pas de goût, qu'on présuppose de son intelligence, et donc qu'il faut lui vendre un accès limité aux choses. Voire le tromper, en lui faisant croire parfois que c'est un adulte (Little Manhattan). Ces dernières années, seuls les J.J Abrams avec Super 8, Spike Jonze avec Max et les maximonstres ou même Martin Scorsese avec Hugo Cabret, ont fait confiance à l'enfant, en misant sur son intelligence tout en cherchant à le filmer tel qu'il est. Ce qui en fin de compte, nous regarde tous.   

Par Jérôme Dittmar

Par Jérôme Dittmar
COMMENTAIRES
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Rififi chez les mômes !!!! Bugsy Malone, ça c'est le vrai titre et c'est un film d' Alan Parker ... Révisez vos classiques l
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Anonyme | le 02/08/2012 à 17h31 | Signaler un abus
Votre réponse...
Petite correction : Bugsy Malone ( ou du Rififi chez les mômes en Français en effet ) est un film d'Alan Parker et non pas de Robert Altman.
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Anonyme | le 02/08/2012 à 13h51 | Signaler un abus
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