Nobody Knows (2) - Kore-Eda Hirokazu Une histoire vraie

07/05/2008 - 14h58
  • 0
Nobody Knows (2) - Kore-Eda Hirokazu
Basé sur une histoire vraie, "Noboby Knows" suit la vie difficile d'une famille de quatre enfants abandonnés par leur mère et obligés de vivre par eux-mêmes. Un mélo penserez-vous ? Et bien, Kore-Eda réussit le pari d'éviter au maximum le genre lacrymal. Une leçon de vie chavirante, assénée par des professeurs de 4 à 12 ans.

Impossible de ne pas fondre pour les quatre personnages principaux de Nobody Knows. Ils ont entre 4 et 12 ans, deux frères et deux soeurs : Akira, Kyoko, Shigeru et Yuki sont à la fois les héros et le piège de Nobody Knows. Le piège, car rien de plus simple et de plus contestable que de montrer des enfants malheureux pour faire couler les larmes des spectateurs (surtout si on ne voit qu'eux pendant 2h20). Et les héros, car ces 4 acteurs crèvent l'écran et accomplissent ici des miracles de spontanéité et de justesse. Deux éléments que Kore-Eda a du prendre en compte lors de la réalisation fleuve du film, qui se déroule sur quatre saisons. Le résultat est à la hauteur des espérances : le film atteint un équilibre parfait entre une narration qui consiste en une succession de scènes de « vie quotidienne » et une mise en scène qui s'interdit le lyrisme pour rester vers une forme plus proche du documentaire.Ce qui impressionne de prime abord, c'est l'exploit que représente le film, puisque paradoxalement, au cinéma, il n'est jamais aussi difficile de se rapprocher de l'enfance que lorsqu'on tourne avec des enfants (il n'y a qu'à se rappeler les enfants insupportablement bavards et savants des films américains des années 50). Le regard adulte tend le plus souvent à donner des intentions ou des gestes qui trahissent la mise en scène. Ici, Kore-Eda choisit de tourner tout le film à hauteur des enfants, et il parvient à capter leur spontanéité, l'inattendu de leur comportement. C'est là que la durée du film prend tout son sens, puisqu'il s'agissait de recréer une vraie famille, celle du tournage, pour que les enfants puissent « jouer » à être seuls. Et cela fonctionne tellement que le prix d'interprétation obtenu par le grand frère à Cannes cette année n'a pas à être contesté, bien au contraire.Très proche des ses comédiens, physiquement, le film s'applique, par petites touches, à montrer comment ces quatre enfants parviennent à vivre ensemble sans adulte. Et le font plutôt bien, puisque les mois s'écoulent, l'intelligence des plus grands suffisant à prendre en charge les plus petits, à leur assurer le minimum vital. Tiré d'un fait divers réel, le film ne tente aucune culpabilisation des adultes : la mère était de toute évidence incapable d'élever ses enfants, et sa disparition n'engendre aucune crise majeure. Un refus du larmoyant et de l'émotion qui semble d'ailleurs être le parti pris le plus fort de Kore-Eda : on ne verra jamais de scène de larme ou de désespoir, la vie suivant son cours, implacablement. Une certaine routine s'installe alors, mais sans cesse traversée par des surprises : une rencontre dans le parc, une promenade près de la voie ferrée... C'est dans ce déroulement imprévisible, et dans les nombreux détails (les chaussures de la petite qui couinent lorsqu'elle marche...) que le film creuse une émotion bien plus profonde que pathétique. Nobody KnowsUn film de Kore-Eda HirokazuAvec Yagira Yuuya, Kitaura Ayu, Kimura HieiJapon/2003/141mnEn salles depuis le 10 novembre 2004[illustrations : © ARP Sélection]

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • Cocaïne, sperme de taureau et flatulences : la vie secrète d’Adolf Hitler
  • Le cinéma nuit gravement aux enfants
  • Le cinéma français sous Sarkozy : l'autre bilan
  • Le débat détourné sur tumblr
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Le thème de James Bond repris par des lecteurs de disquettes
  • Madonna, star maudite du cinéma