Monte Hellman Le vrai franc-tireur

05/09/2008 - 10h50
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Monte Hellman
Qui est Monte Hellman ? Tout simplement l'un des cinéastes américains les plus originaux des années 1960 et 1970. Aujourd'hui, bien que respecté par ses pairs pour une indépendance chèrement payée et une oeuvre au style unique, il n'est connu que des seuls amateurs. Trois ressorties en France sont l'occasion de le (re)découvrir.
En savoir plus

- Lire les mini-chroniques des trois ressorties Monte HellmanA l'instar du parcours de ses personnages, aux mobiles toujours incertains, l'histoire professionnelle de Monte Hellman se décline au conditionnel. Il fut celui qui aurait pu mais n'a pas voulu. Comme les autres cinéastes de sa génération, il pouvait intégrer les studios et lutter pour conserver son indépendance artistique. Côtoyant à ses débuts Jack Nicholson (acteur et scénariste de The Shooting et de L'Ouragan de la vengeance) et Gary Kurtz (présent aux génériques de ces deux films et de Macadam à deux voies, il deviendra producteur sur Star Wars et ses deux suites), il aurait sans doute pu suivre leurs chemins auréolés de succès. Mais ce choix, il ne l'a pas fait.Cet affranchissement ne fut pas sans difficultés. Commencée en 1960 sous l'égide de Roger Corman, sa carrière ne compte que quatorze films à la diffusion très confidentielle. Eloigné des majors, Hellman n'a pourtant jamais cessé de travailler. Professeur d'université, « réparateur » de scénarios, producteur de Reservoir Dogs, il est devenu un de ces artistes mythiques dont les jeunes cinéphiles évoquent les titres avec fierté et admiration (Vincent Gallo souhaitait qu'il réalise son Buffalo 66).Mais ne comprendre sa renommée qu'à l'aune de son statut d'artiste maudit serait une erreur. Car cette mise à l'écart est la conséquence même de son style, unique dans le cinéma américain. Même s'il respecte le récit à l'intérieur de genres bien définis (westerns, courses de voitures, aventures historiques avec Iguana), Hellman montre dès The Shooting (réalisé pour le coût d'un seul film avec L'Ouragan de la vengeance, dans les paysages de l'Utah) un goût prononcé pour l'incertitude et l'allusif. Ainsi ce film s'ouvre d'emblée sur des interrogations. Deux cow-boys acceptent d'escorter dans le désert une jeune femme dont la destination reste incertaine. Mais où est passé le frère de l'un d'eux ? Et surtout qui est le mystérieux tueur embusqué ayant assassiné leur compagnon? Loin de s'atténuer, l'incompréhension s'accentuera à la faveur de paroles énigmatiques et fugaces et d'un montage elliptique à la limite du faux raccord. L'effet, saisissant, confère aux personnages une dimension inédite dans un cinéma plutôt habitué à l'explicitation et à la frontalité. Proche du Bob Rafelson de Cinq pièces faciles et de The King of Marvin Garden (où l'on retrouve Jack Nicholson), Monte Hellman travaille ici le genre avec les acquis du cinéma européen de l'époque, ceux de Michelangelo Antonioni et Ingmar Bergman (à la fin de Macadam…, la pellicule brûle, comme dans Persona).Chez lui, les motivations ne sont jamais affirmées. Les figures vont et viennent, entrent et sortent, sans explications. Tout peut arriver et cette ouverture qui innerve les films jusque dans leurs conclusions imprègne les personnages. Bien que soumis à des forces qui les dépassent, ils conservent leur indépendance. Ils résistent farouchement à la détermination. Par là, Hellman s'éloigne du théâtre de l'absurde que, grand amateur de Samuel Beckett, il mit en scène dans sa jeunesse et auquel ses films furent souvent assimilés. Son approche est avant tout l'affirmation d'un homme issu de la contre-culture des années 1960 et 1970, celle d'un franc-tireur qui proclame la liberté, pour son oeuvre comme pour lui-même.[Illustrations : 1. Monte Hellman (photo http://montehellman.altervista.org) ; 2. Macadam à deux voies (photo © CIPA)]

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