
Dans la famille films d'horreur, je demande l'objet tueur. Ce sous genre est né dans les années 80 avec notamment {Christine} de John Carpenter, l'histoire d'une voiture manipulatrice et meurtrière, le film néerlandais {L'Ascenseur} puis {Panique sur le Green} (1989) et sa tondeuse à gazon infernale. Dix ans plus tard, l'objet tueur s'offre une seconde jeunesse en Asie avec {Ring} (cassette vidéo), {The Wig} (perruque), {Cello} (le violoncelle) ou bien encore {The Red shoes} (les chaussures rouges). Enfin, à cette filmographie vient s'ajouter aujourd'hui le pneu tueur de {Rubber}, le nouveau film de mr oizo qui réinvente les codes du genre lui donnant aussi ses lettres de noblesse. Retour sur ce courant horrifique classé série B voire franchement Z.
L'enjeu principal de ce sous-genre est de donner vie à l'objet tueur. Au début de {Rubber}, on assiste à une réelle naissance : le pneu remue tout d'abord puis s'extrait du sable dans lequel il est enlisé. Il tente ensuite d'avancer difficilement à plusieurs reprises à la manière d'un bébé faisant ses premiers pas. Avec {Christine}, la voiture de Stephen King, la démarche est différente, il s'agit d'apporter à l'objet une personnalité forte à travers un design rétro et l'autoradio qui se déclenche tout seul pour jouer toujours les mêmes vieux titres. Outre l'esthétique, l'objet tueur est parfois humanisé au point d'éprouver des émotions comme le désir amoureux, celui de posséder voire même de se venger. C'est le cas dans {Christine} mais aussi dans {Rubber} ou le pneu est amoureux de la belle Roxane Mesquida.Bande annonce de Christine :
Chaque objet bénéficie d'un mode opératoire bien particulier pour assassiner ses victimes. Le pneu de {Rubber} bouillonne sur place et fait exploser ses proies. {Christine}, elle, ne se contente pas d'écraser ceux qui la dérangent, elle use de ses nombreux atouts (siège, capot) et provoque l'asphyxie de ses passagers indésirables. La tondeuse de {Panique sur le green} déchiquette les malheureux golfeurs alors que {L'ascenseur} s'illustre dans un registre plus sadique en utilisant les faiblesses de ses victimes (la cécité par exemple) pour tuer, renvoyant ainsi à la question de l'intelligence artificielle.Teaser de Rubber :
L'intrigue de ces films repose sur cette constante lutte entre l'homme et l'objet. Un affrontement qui peut être physique, mais aussi psychologique car l'objet exerce parfois une réelle influence sur ses victimes ({Christine}, {The Red Shoes}), qui développent une forme d'addiction à son contact et entament une longue descente vers la folie. Aussi, au phénomène inexpliqué qu'est cet objet vivant, les personnages opposent la logique et tentent de comprendre en remontant aux origines de l'objet pour mieux en venir à bout. Cette trame classique du genre tourne le plus souvent au ridicule tant il est impossible d'expliquer sérieusement pourquoi le tueur psychopathe est un ascenseur, une voiture ou une tondeuse à gazon. Quentin Dupieux, lui, fait un pied de nez à ce travers en annonçant dès le départ que son film ne passe pas par la compréhension des choses.Worst of Panique sur le green :
En 1998 sort {Ring}, film japonais qui reprend le concept de l'objet tueur mais pour en faire un film fantastique gore. Il s'agit ici d'une cassette vidéo qui n'est pas tueuse au sens propre mais maléfique, et cause la mort de ceux qui l'ont regardée. Le film fait un carton et donnera lieu à une suite ainsi qu'à un remake américain. Inspirés par ce succès, plusieurs réalisateurs asiatiques s'engouffrent dans la brèche avec des films comme {The Red Shoes}, {Cello} ou {The Wig}. A chaque fois le concept est le même, l'objet provoque des phénomènes inexpliqués, les personnages ont sans cesse des visions et tentent tant bien que mal de remonter à l'origine de cette malédiction pour la combattre.Bande annonce de The Red Shoes :
Vous l'aurez compris, l'objet tueur n'est pas pour tous les publics. D'abord car il est classé dans le catégorie film d'horreur, ensuite parce que son postulat de départ, il faut bien le dire, ne parle pas à tout le monde. Résultat, ces films ont souvent été réalisés avec de petits budgets (1,2 million pour {Ring}) parfois carrément microscopiques (350 000 euros pour {L'Ascenseur}). {Rubber} ne déroge pas à la règle puisqu'il a été écrit et produit en à peine neuf mois avec un budget d'un demi million d'euros. Mais si pour certains les ambitions ont de loin dépassé les moyens, tout n'est pas perdu. En cas de succès, les remakes ou suites bénéficieront de budgets plus conséquents comme pour {L'Ascenseur} et {The Ring}.Bande annonce de L'Ascenseur :
Qui dit petits budgets et tournages express, dit effets spéciaux cheap, problèmes de narration, voire carrément erreurs. Dans {L'Ascenseur}, on a droit aux apparitions spéciales d'un micro et même d'un technicien qui s'invitent dans le cadre. {The Red Shoes} et {Panique sur le green} s'illustrent dans les scènes grotesques de découpage de membres en plastique alors que {The Wig} et {Cello} se noient dans les flashbacks et visions horrifiques à n'en plus finir. Les erreurs narratives sont elles aussi au rendez vous comme dans {Christine}, où le personnage de Dennis, qui marche avec des béquilles à cause d'une grave blessure au genoux, se met soudainement à courir. Pour conclure, mentionnons la performance pour le moins remarquable de l'acteur principal Keith Gordon rendant son dernier souffle. Enjoy.