Les anges exterminateurs : un trouble qui brûle

22/05/2006 - 19h34
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Les anges exterminateurs : un trouble qui brûle

Le nouveau film de Jean-Claude Brisseau était très attendu. La raison en est la valeur grandissante de son cinéma aux yeux de nombreux critiques, dont nous sommes, mais aussi et surtout le scandale qui a entouré sa préparation. Des jeunes femmes ayant passé des essais dénudés l'ont accusé d'abus sexuels. Après des débats très médiatisés, la justice a rendu son verdict : coupable. Difficile de ne pas penser à ces événements puisque le cinéaste en fait un des épisodes de ce film très personnel, où il dévoile ses obsessions et questionnements. En fait, Les Anges exterminateurs commente en permanence le programme qu'il nous donne à voir. Il fait l'exégèse de ses propres images, et par là de l'obsession actuelle de Brisseau : la jouissance sexuelle féminine, son comment, son pourquoi, son spectacle. Ce qui se lit sur le visage et le corps d'une femme en cet instant de plaisir le fascine. Il voudrait en capter l'intensité, selon lui mystique. S'éloignant des codes du porno et de l'érotisme classique, il filme en plan large, souvent sans coupes, des femmes simulant ce moment banal, mais selon lui craint et refoulé de la représentation. Ces scènes, centrées sur les transgressions et les attouchements, s'intègrent à un ensemble autobiographique. A travers une voix off qui est la sienne et un acteur qui le représente, Brisseau raconte sa recherche tout en la commentant. Jouant avec talent de lumières chaudes, sensuelles et séductrices, mêlant comme à son habitude le concret au spirituel, il compose avec une économie réduite une ode au corps de la femme, mais aussi au cinéma. On sent un amour certain pour cet outil qui peut mettre à distance le désir dont il joue. Ou dont il est le jouet. De cette ambiguïté troublante naît la beauté fugitive mais évidente du film. Il n'en reste pas moins que Brisseau utilise aussi cet art pour non plus questionner sa démarche mais justifier ces errements. Et là, l'image du réel rejoint la réalité. A trop vouloir s'expliquer sur les délits dont on l'accuse, le cinéaste nuit à son propos et le film se rompt de lui-même. Les Anges exterminateurs -; Un film de Jean-Claude BrisseauFrance, 2006, 1h40 -; La Quinzaine des réalisateurs - La galerie photos du film- Vos réactions? Discutez du film Les Anges exterminateurs sur le forum cinéma

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