
Présenté en clôture du Festival de Cannes, le nouveau film de Christophe Honoré ne nous a pas totalement réconciliés avec le cinéma post-Demy de l'auteur de Non ma fille, tu n'iras pas danser. Cette chronique familiale sur deux générations mère-fille ne manque pourtant pas d'attraits.
Le casting des Bien-aimés est impressionnant : Catherine Deneuve forme un beau couple avec Milos Forman, tout comme Chiara Mastroianni avec l'excellent Paul Schneider. On est beaucoup moins sensible à celui constitué par Ludivine Sagnier, incroyablement fausse, et Louis Garrel, terne dans un rôle ingrat, sans l'humour et le charme auxquels il nous avait habitués dans Les Chansons d'amour ou Dans Paris.
Grace aux performances de ces acteurs, le film échappe par moments au pastiche de Jacques Demy. Honoré filme par exemple très bien la relation entre Mastroianni et Paul Schneider. Elle est hétéro, lui est homo : leur histoire d'amour impossible touche juste, sur fond de Sida et de "sexe sans prudence", à la fin des années 1990. Le désir d'Honoré pour son actrice est presque palpable. Le tchèque Milos Forman (réalisateur d' Amadeus) campe un savoureux père intermittent de l'amour, très culotté, capable de venir voir la mère de sa fille chez elle, pour demander à son mari d'en divorcer. Catherine Deneuve irradie quant à elle dans le rôle de la mère libre et décomplexée.
Telle mère (Deneuve/Sagnier), telle fille (Mastroianni): effrayées par les sentiments, elles ont toutes deux le même besoin d'éloigner d'elles l'homme qu'elles aiment. Dommage que les chansons d'Alex Beaupain, peu inspirées, soulignent cette filiation émotionnelle en multipliant les lieux communs ("les chiens ne font pas des chats", etc). Nombreuses, ces mièvres ritournelles font souvent pléonasme avec les scènes qu'elles illustrent, sans faire avancer le récit. Honoré aurait gagné à en sucrer certaines : le film, trop long, patine dans la semoule mélo à plusieurs reprises. Grevé de flottements, le film n'évite pas non plus les lieux communs sur les périodes qu'il revisite, comme ces inévitables références au 11 septembre en 2001, ou l'entrée des chars russes à Prague pour l'an 1968 - si cliché qu'on y croit pas.
Inégal donc, mais pas nul, le Christophe Honoré est sauvé de l'artifice par ses acteurs bien-aimés.
Par Eric Vernay Follow @ericvernay
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