Le cinéma de Kitano en vidéos Motifs du cinéma kitanien

18/03/2010 - 15h54
  • 0
Le cinéma de Kitano en vidéos
Takeshi Kitano c'est un style, des motifs, une figure, noués et dénoués au travers d'une série de films inventant une oeuvre homogène jusque dans ses renversements, ses pulsions suicidaires et parfois bouffonnes. Petit tour d'horizon de l'homme et son cinéma en images, en partenariat avec Vodkaster.

- Lire la critique de Achille et la tortue{Violent Cop} : Kitano, corps et gueule

Premier film de Takeshi Kitano, {Violent Cop} définit aussi les fondations figuratives de son personnage de cinéma. Un art de la distance, du minimalisme des gestes, des excès de violence soudains, sans oublier l'humour. Dans {Violent Cop} on découvre ainsi sa démarche en canard aux jambes arquées et un héros entre Chaplin et Dirty Harry.{Sonatine} : yakuza de plage

Premier film de Kitano distribué hors de ses frontières, {Sonatine} installe définitivement l'acteur et réalisateur comme l'auteur japonais le plus important de la décennie 90. Il installe aussi ce qui sera et fera l'art kitanien. Ses yakuzas comblant l'ennui de leur exil dans des jeux de plage enfantins devenant un motif clé de son cinéma. On badine naïvement en attendant la mort. Ironie ? Moins qu'on ne veut le croire.{Hana Bi} : Nô violence

Chez Kitano, la violence est souvent imprévisible, comme venant de loin, dénouée de l'action immédiate et émergeant dans des fulgurances sanguinolentes. La scène de la voiture dans {Hana-Bi} (peut-être son chef d'oeuvre) constitue un bon exemple de cette violence en serpent de mer qui doit aussi beaucoup à cette usage d'une attitude impassible, silencieuse, presque muette dont joue Kitano acteur. Un certain héritage du théâtre Nô.{Kikujiro} : Kitano et l'enfant

Pour comprendre Kitano, il faut se plonger dans ses mémoires, {La vie en gris et rose}, ode tragicomique et mélancolique d'une enfance difficile et à la fois heureuse dans le Japon d'après guerre. En dessinant le temps d'un été la rencontre entre son personnage et un enfant, {L'été de Kikujiro} ressuscite avec humour, tendresse et gravité quelque chose de ce temps révolu où les jeux prennent toujours une place centrale.{Brother} ({Aniki}) : suicide

Tourné aux Etats-Unis, {Aniki, mon frère} n'est pourtant pas moins définitivement japonais et surtout kitanien. Tel que le prouve son final, reprenant le motif obsédant de son cinéma et de son auteur, le suicide. Kitano ou l'art de toujours détruire ce qui est installé. Une poétique de la mort au goût d'absolu.{Zatoichi} : Beat populaire

Loin des yakuzas ironiques en complet noir, {Zatoichi} réactualise une figure de légende du cinéma japonais. Kitano s'accapare ainsi ce célèbre personnage les cheveux teints en blond (il pirate encore les attentes), truffe son film d'effets digitaux cheap (le faux est assumé), et surtout boucle son film sur une scène inoubliable de comédie musicale où l'homme de cinéma et le bouffon télévisuel se rejoignent dans un grand éclat de joie populaire.{Takeshis'} (1) : Takeshi en miroir

L'art du suicide, typiquement japonais, Kitano l'a porté à un tel degré de quintessence que son oeuvre elle même a eu la témérité de se saborder afin de remettre en question son auteur et avec lui tout son cinéma. Qui est Kitano ? semble être une question récurrente, et {Takeshis'} fut le premier des trois volets d'un processus réflexif que fermera {Achille et la tortue}. Pour mieux interroger ainsi l'acteur, en s'amusant, quitte à casser tous les jouets qui ont fait son succès, Kitano s'imagine un double. Manière de jeter le trouble et tout remettre à plat.{Takeshis'} (2) : Kitano autodestructeur

Kitano a forgé sa légende sur le motif du yakuza. Avec {Takeshis}', grande entreprise cubiste et de déconstruction postmoderne, il reprend ainsi la figure qui a fait son succès afin de tourner en dérision les éléments clés de son oeuvre. C'est quoi un yakuza de cinéma ? Une gueule ? Une voix ? Un costume ? Tout ça à la fois et surtout un acteur. Chez Kitano tout est jeu et surtout prétexte à faire le bouffon. Beat, l'homme de scène, amuseur populaire, et Takeshi ne font qu'un, pour le meilleur et jamais le pire, même lorsque tout porte à croire qu'on l'a atteint.{Glory to the Filmmaker} : Beat le bouffon autocritique

Dans sa grande entreprise de réflexivité critique, Kitano a repoussé les limites possibles avec {Glory to the Filmmaker !}, film poupée russe chaotique, délirant, absurde, abscons et définitivement à l'image de son auteur. Ainsi en emboîtant les métafictions les unes dans les autres, au risque de tutoyer souvent de près la parodie digne des Inconnus, Kitano va jusqu'à détourner le {Zatoichi} qu'il tournait quelques années plus tôt ; ou encore imaginer des scènes improbables et absurdes au-delà de toute description. Sans doute son oeuvre la plus proche de ses sketchs pour la télévision japonaise.{Battle Royale} : Kitano réaction

Dernier film de Kinji Fukasaku, maître du yakuza eiga crépusculaire et néo réaliste des 70's, {Battle Royale} est surtout une rencontre étonnante entre le maître et l'élève ; et ce malgré un cinéma sans point de comparaison autre que spirituel. Un film radical aussi, où Kitano acteur envoie la jeunesse dégénérée nippone (celle de son époque, ou presque) s'entretuer sur une île. Un joyeux et très cynique jeu de massacre ; et l'idée d'un Japon déclinant dont Kitano partage la vision. Soit l'âme du Takeshi réactionnaire - autant dire un témoignage de son identité définitivement japonaise.Plus de vidéos sur Vodkaster.

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship