
Déprime passagère ou dépression nerveuse ? Réfugiés illégaux, handicapés, jeunes paumés et ex-taulards sont les héros des films de la sélection du Festival. Ces nouveaux protagonistes remplacent les sosies comiques d'Hitler ou les hurluberlus des années 1980 qui peuplaient les films allemands à succès des dernières années. Influencés par de longs mois de crise et un climat d'austérité, les réalisateurs sont redescendus sur terre et s'attaquent à des thèmes durs, au quotidien et à la réalité. {L'Albanais}, de Johannes Naber, suit le parcours d'un garçon qui va travailler illégalement en Allemagne pour tenter de réunir l'argent de la dot de sa belle. De malheur en malheur, son épopée se transforme en une tragédie familiale, amoureuse, nationale et universelle - la forme la plus pure de la tragédie. Tout débloque, rien ne va plus. Et le film de Naber, primé au Festival de Moscou, n'est pas le seul film du festival à broyer du noir, de loin. Pas de happy-ends ou de twists sous la devise « c'était un cauchemar ». Le cauchemar est là, prenant, réel, ancré dans le présent, avec l'humain et ses malheurs en son centre. Les nouveaux réalisateurs les filment et les décortiquent, et il y a là comme un air de déjà-tenté...L'influence de la Nouvelle Vague Allemande Les précurseurs de cette tendance, ce sont les cinéastes d'un mouvement communément appelé la Nouvelle Vague allemande. Proches du réel et spécialistes de l'analyse clinique de leurs sujets humains, ces réalisateurs prônent la simplicité fictionnelle. Certains ne donnaient pas cher de la survie à long terme de ce mouvement spontané. Pourtant, la Nouvelle Vague est plus que jamais ici présente, et c'est désormais elle, un temps en marge de l'industrie, qui influence le reste du cinéma germanique. L'inspiration est flagrante dans {Cours si tu peux} ou {Vincent, ses amis et sa mer}, deux histoires de jeunes hommes découvrant l'amour et la vie, l'un handicapé physique et l'autre atteint du syndrome Gilles de la Tourette. Ou comment, par le biais de deux histoires simples filmer des quotidiens complexes. Le festival consacre une rubrique entière aux nouveaux films de ce courant ainsi qu'une table ronde le 2 octobre en présence de deux de ses figures clés : Benjamin Heisenberg et Christoph Hochhäusler. Mais si ces figures du nouveau cinéma allemand font partie de ceux qui affrontent la réalité dans toute sa dureté, il reste des cinéastes qui ne renoncent pas à l'humour et préfèrent prendre le contre pied de la déprime généralisée.Humour de crise Quelques films de la sélection jouent tout de même sur la dérision et tournent le réel morne en comique de situation. On retrouve même trace de l'humour allemand jusque dans le documentaire, comme dans Tous mes pères où le jeune cinéaste et protagoniste Jan Raiber part à la recherche de son père. De découvertes rocambolesques en situations de comique pur, il nous offre, comme malgré lui, un humour subtil et pragmatique, malgré une réalité pesante et difficile. Un mécanisme de défense qui transforme les tragédies en comédies, grâce à l'ironie, le cynisme et cet humour très terre à terre caractéristique de la comédie allemande, qui résiste même en temps de crise.Festival du Cinéma Allemand Du 29 septembre au 5 octobre 2010Au cinéma l'Arlequin 76 rue de Rennes, 75005 ParisToute la programmation sur le site du Festival.Illus. L'Albanais, de Johannes Naber © Neue Schoenhauser Filmproduktion