La vie en boite... à tartines

03/02/2008 - 21h58
  • 0
La vie en boite... à tartines
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

 

On ne vous a pas parlé cette année du festival parisien Bobines sociales, dévolu comme son nom l'indique au documentaire..social.

 

Le festival s'est terminé dimanche soir avec un film aussi inattendu que drôle et intelligent. La boite à tartines de Floriane Devigne est une improbable épopée en mode mineur dans la Belgique d'aujourd'hui. Cette boîte à tartines c'est ce banal parallépipède de plastique ( longtemps elle fut en fer, figurez-vous) dans laquelle nos amis d'Outre-Quiévrain trimballent leur sandwichs de déjeuner.

 

Cette modeste boîte permet à l'ingénieuse réalisatrice d'ouvrir des réflexions passionnantes sur la récente histoire sociale de son pays.

 

 

 

Particularisme local ( la boite à tartines les frontières jamais ne dépassa) l'objet témoigne notamment de la lente agonie de la classe ouvrière, des gamelles emportées à l'usine ou sur les chantiers pour ne perdre ni temps ni argent, pragmatisme toujours en vogue aujourd'hui dans les petites entreprises qui peuplent encore le désert industriel wallon ou flamand.

 

Car à la boîte à tartines si elle renferme des clivages sociaux patents, ne recoupe pas la fracture entre francophones et flamands, angle d'attaque exclusif de tous ceux qui parlent de la Belgique aujourd'hui.

 

 

 

On l'utilise aussi dans les modestes usines de...boites à tartines du par ailleurs florissant port d'Anvers. Ou dans les écoles communales où les enfants des classes populaires entreposent leur sandwichs froids -; la cantine étant hors de portée des bourses parentales.

 

La boite à tartines est donc aussi une boite de Pandore qui libère quelques uns des maux contemporains : mal manger et le faire vite, passer l'essentiel de sa vie à sortir d'une boite pour entrer dans une autre. On peut aussi spéculer sur le symbole précaire d'un pays sans grande tradition d'Etat régulateur et donc plus porté sur l'art de la demmerde.

 

Ce sont donc bien des "traces politiques" présentes selon Marx (dont une citation ouvre le film) dans tout objet manufacturé que contient cette boite ouverte par Floriane Devigne. Se mettant elle-même en scène pour éviter les aspects pontifiants de la démonstration documentaire, la réalisatrice réussit un film drôle, touchant et parfaitement abouti -; jusque dans ses aspects bricolés. « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société. » disait Roland Barthes. Il aurait sans doute aimer ce film.

 

Par Daniel De Almeida

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Photos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship