La presse s'écharpe autour de la Palme d'Or cannoise

26/05/2010 - 14h09
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La presse s'écharpe autour de la Palme d'Or cannoise

 

 

 

- Le Monde : C'est une palme totalement inattendue ! 

 

- Le Parisien : Pas du tout grand public, en tout cas...

 

- Les Inrocks : Oui, mais quelle joie! En attribuant la Palme d'or à Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives , le jury Burton a accompli le geste audacieux qu'on espérait sans complètement y croire.

 

- Le Figaro :  Pff...Ce film est interminable, oui, plein de visions inintéressantes. Un des cinq pires nanars de cette édition cannoise (avec le Film Socialisme de Jean-Luc Godard notamment). Notre Palme de l'ennui.

 

- El Pais : Bien d'accord, cette Palme d'Or est grotesque, à la poésie introuvable et au langage pathétique.

 

- L'Express :  C'est, en fait, une palme faussement branchée. Limite ridicule. Qui n'évite pas la posture arty et compte autant de moments de grand cinéma qu'une choucroute de morceaux de chocolat.

 

- Le Figaro : (rires)

 

- The Independent : En même temps, il n'y avait pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent dans cette maigre sélection...

 

- Le Point (déboussolé) : Est-ce un geste politique, alors que la Thaïlande est en pleine guerre civile ? C'est possible, même si le film n'a pas, a priori, de visée politique.  

 

- Telerama (mesuré) : Cette Palme d'Or est surprenante certes. Audacieuse. Un peu folle. Et totalement inconséquente. Car, enfin, soyons clairs : Apichatpong Weerasethakul est un cinéaste. Un visionnaire. Un auteur que l'on aime à défendre. Et Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures est, de tous ses films, le plus étrange, le plus poétique...

 

- El Pais (agacé) :...le plus absurde, le plus soporifique...

 

- Le Figaro (persifleur) : ... le plus hermétique aussi...

 

- Télérama (ignorant la bave de l'immonde crapeau, telle une blanche colombe) : ...peut-être même le plus abouti. Reste qu'il est réservé à des « happy few » heureux et fiers de l'être, qu'il obéit à un rythme incantatoire qui risque de rebuter autant que de fasciner.

 

- Le Figaro (définitif) : On y comprend rien, ce qui est une constante à Cannes.

- Le Temps (mention Bien): Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour la manifestation : bien des spectateurs qui découvriront Apichatpong Weerasethakul sur la foi de sa Palme d'or ne retourneront pas de sitôt voir un film couronné sur la Croisette. Mais c'est une très bonne chose pour la liberté de créer autrement et ailleurs. 

- Télérama (historique) : Il a longtemps existé une récompense créée précisément pour les essais de ce type, inventifs et innovants. Avec les années, le « Prix spécial du jury » était devenu, pour les cinéphiles, la seconde Palme d'or, celle des auteurs : Michelangelo Antonioni l'obtint, en son temps, et Robert Bresson, et Luis Buñuel, et Ingmar Bergman, et Andrei Tarkovski, à qui jamais nul ne songea, en dépit de leur génie, à décerner la vraie... Parce qu'une Palme d'Or, plus qu'un film, est une délicate osmose entre un auteur et son public. Y avait-il, dans la sélection 2010, un de ces films rares qui allient l'exigence d'un artiste au désir des spectateurs ? Oui. Celui de Mike Leigh.

 

- Les Inrocks (jouasse) : Another Year est une performance de jeu et d'écriture, mais le cinéma a du mal à y respirer. Pour revenir au Palmarès, certains nous ont satisfait davantage que d'autres. Aucun ne nous avait paru aussi pleinement satisfaisant que celui présidé par Isabelle Adjani en 97 qui primait Le Goût de la cerise de Abbas Kiarostami, Happy Together de Wong Kar-wai, Le Destin de Youssef Chahine... Or Tim Burton appartenait déjà à ce jury. Chapeau donc au président pour ce doublé de palmarès parfait.

 

- Le Figaro (acerbe) :  Le Festival de Cannes a tout essayé : la partie de tennis sans balle (Blow Up), le film fleuve sur la sécheresse (Chroniques des années de braise), le film dans le film (Le Goût de la cerise), les zombies adolescents (Elephant), l'avortement à la Bucarest (4 mois, 3 semaines et 2 jours). Mieux vaut arrêter net une litanie qui risquerait de sombrer dans le parodique. Le cinéma est malheureusement pris au sérieux par des gens dont le métier devrait être la frivolité.

 

- Libération (cinglant) : En reléguant bien des films académiques dans les limbes d'où ils n'auraient jamais dû sortir, le jury Burton a gardé les films les plus artistiquement purs et modernes.

 

- Le Figaro (inquiet pour le peuple) : Mais c'est comme si les jurés s'excusaient de n'être que des saltimbanques ! Ils transforment une récréation en devoirs de vacances. On oublie trop que le juré aime être décevant. Il est humain. Il se voit en penseur. L'ennui lui paraît le comble du chic. Il demande du social, de la grisaille, des thèses en béton. Le public, lui, réclame de la réflexion, du plaisir, de la nuance. Il lui arrive même de vouloir s'amuser.

 

- Fluctuat (comme une cheveu sur la soupe) : en lisant les critiques ciné du Figaro ? 

 

(dialogue fictif, construit à partir de citations réelles, via les sites web des journaux mentionnés)

 

Palmarès de Cannes : Tim Burton choisit l'audace.- Voir tout le Palmarès du Festival de Cannes.- Lire notre critique de Uncle Boonmee

 

Par Eric Vernay

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