La Piel que Habito de Pedro Almodovar, brillant mélo dans la peau d'un polar

19/05/2011 - 13h01
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Cette Sélection cannoise 2011 a de la tenue. Il y a là beaucoup de bons ou d'excellents films réalisés par des auteurs confirmés tels que Nanni Moretti, Alain Cavalier ou Aki Kaurismaki. Mais il manque toujours un truc pour qu'on puisse partir de ce 64e Festival comblé, sidéré par un film neuf, singulier, bouleversant. 

 

Pour le dire autrement, un choc esthétique à la Oncle Boonmee, ne serait pas de refus. A vrai dire, je comptais beaucoup sur Terrence Malick pour remplir cette noble tâche, avec son ambitieux mais décevant Tree of LifeLa Piel que habito (La peau que j'habite), le nouveau film de Pedro Almodovar, présenté en Compétition ce matin, ne sera pas non plus mon sauveur, même si c'est (encore) un très bon film. 

 

Il s'agit d'une adaptation d'un roman de Thierry Jonquet (), spécialiste du polar réaliste qui semble à priori éloigné des habituels mélodrames baroques et colorés du maestro espagnol. Dévasté par la mort de son épouse, défigurée par un accident de voiture, Robert Ledgard, un éminent chirurgien esthétique (Antonio Banderas, génial de sadisme charmeur) se plonge corps et âme dans ses recherches en thérapie cellulaire. Il découvre ainsi le moyen de créer une peau artificielle. Pour la tester et mener à bien son désir prométhéen, le docteur se sert d'une jolie femme cobaye, Vera (Elena Anaya), séquestrée dans une chambre de la villa avec l'aide complice de sa propre mère.

 

Avec un sens ébouriffant du récit et de la mise en scène, Almodovar fait sienne cette histoire de vengeance évoquant Les Yeux sans visage, chef d'oeuvre d'horreur onirique de George Franju. Dans un style plus distancié et clinique que ses derniers films, le réalisateur de Tout sur ma mère construit un thriller hitchcockien dans lequel s'articulent toutes ses obsessions. Mélange des genres, réflexion sur le vampirisme des cinéastes, mises en abîme et jeux de miroirs s'orchestrent dans un élégant écrin de polar. Polar qui révèle bientôt, sous sa gangue froide et violente zêbrée de piques humoristiques souvent cruelles, une seconde peau plus tendre, sentimentale. L'implacable film de vengeance contient en effet un mélo, les deux s'imbriquant dans un théâtre de faux semblants des plus baroques.

 

Comme ses personnages, La Piel que habito a plusieurs visages, plusieurs sexes, qu'Almodovar s'amuse à remodeler et à reconfigurer dans un vertige narratif des plus jubilatoires. Ciselés et cousus en maître chirurgien par un Almodovar malicieux, les fils de l'intrigue forment ainsi une toile à la géométrie parfaite, se resserrant progressivement vers une géniale et en même temps logique coda. La maîtrise est totale, indéniable. C'est brillant, mais presque trop pour espérer susciter le trouble propre aux grands films...

 

 

 

Par Eric Vernay
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