
Jeudi soir débutaient les hommages rendus à deux anglo-saxons : l'Américain Bill Morrison et l'anglais Derek Jarman. Deux chocs, dans des genres bien différents. Le premier travaille sur des archives de films en voie de disparaître, quand le processus chimique attaque l'image et la détruit. Une démarche que l'on peut qualifier d'expérimentale, un domaine vers lequel s'ouvre de plus en pus l'Etrange Festival. Decasia, présenté hier soir, est une oeuvre d'une grande force, conçue avec le musicien Michael Gordon, autour de sa symphonie du même nom. Une oeuvre crépusculaire, où les images en décomposition font un parfait écho à la musique, chant de mort, hanté par les bombardements d'Hiroshima. Et la symbiose opère : les tâches et déformations des images d'archive montées par Morrison semblent figurer un monde le l'après nucléaire, contaminé. Les visages gonflés, la matière filmique gangrenée, les tâches noires, telles des champignons atomiques qui apparaissent et disparaissent, tout cela produit un envoûtant ballet de l'horreur. L'hommage rendu à Derek Jarman laisse un peu plus perplexe. Le clip réalisé pour Marianne Faithfull respire les années 80 dans toute leur laideur et leur surréalisme cheap. Et The Last of England ne saurait être plus qu'une douloureuse exploration, pleine de haine et de rage, de l'Angleterre thatchérienne. Beaucoup d'images choc se succèdent, sans jamais réussir à faire sens, tant le spectateur est relégué aux oubliettes par le réalisateur, trop content de laisser libre cours à ce qui semble être avant tout une série de fantasmes décousus et glauques. Des hommes vomissent, des militaires cagoulés tuent des gens dont on ne sait rien, les baisent aussi, parfois. L'imagerie est souvent kitsch, d'un baroque pauvre sans aucun charme. Si l'on peut comprendre la révolte qui sous-tend le film, il est bien plus dur de s'y accrocher, et rarement une heure et demi de film n'aura paru si longue....La suite Teruo Ishii : Femmes Criminelles et l'Effrayant Docteur H, ainsi que le premier choix de la carte blanche offerte à Excalibur de John Boorman.[illustration : The Last of England de Derek Jarman, photo DR]