
C'est entendu : l'affiche de la nouvelle comédie d'aventure à la française, RTT, est une insulte au regard. A moins d'aimer les pubs pour Décathlon ou les logos de compagnies aériennes. Mais est-ce bien surprenant ? Historiquement, les affiches et la comédie d'aventure à la française, ça a toujours fait deux. On se souvient de l'affiche des Spécialistes de Patrice Leconte, ou des posters des comédies de Francis Veber avec le duo Gérard Depardieu/Pierre Richard (Les compères/Les Fugitifs/La chèvre) : kitschs la plupart du temps (sauvons les beaux posters des films de Philippe de Broca par exemple), elles avaient le mérite d'être un peu drôles, presque poétiques dans leur goût affiché pour le ringard franchouillard. Sympathiques, du coup on leur pardonnait leurs errances esthétiques.
Mais la tendance actuelle, bling-bling, fait peine à voir. Tenez, pour ne prendre que des exemples récents issus de la catégorie-niche de RTT (le buddy movie au sens large, ou comédie en tandem) : Envoyés Très Spéciaux, Le Boulet, Gomez et Tavarès... Pauvrissime, l'imaginaire déployé dans ces affiches poussives ressemble, à l'instar des films eux-mêmes, à un décalque vulgos de la série Starsky et Hutch, avec hélicos, explosions de voitures et ciel californien (ou floridien). Quelque chose du genre : les gars, regardez quel budget de ouf on a ! A défaut d'idées. RTT, pour sa gouverne, vous promet non pas seulement un hélico, mais aussi un bateau et un croco. Bref de l'aventure "hollywoodienne", mais dans une ambiance bien de chez nous, rapport au titre et à Kad - naturalisé Ch'ti - Merad. Dans le style "couple les pieds dans la flotte" sur affiche, Le Roi de l'évasion, c'était quand même aut'chose dites donc mon bon m'sieur : plus d'allure et de poésie (dans le titre comme dans le décor sylvestre du Sud Ouest), et eux, au moins, n'exhibaient par leur hélico. Un peu de tenue, nom d'un slip.
Par Eric Vernay Follow @ericvernay