Kairo / Cure / Charisma : Kiyoshi Kurosawa Rétrospective Kiyoshi Kurosawa

07/05/2008 - 14h58
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Kairo / Cure / Charisma : Kiyoshi Kurosawa
Sélection de trois films-phares à l'occasion de la Rétrospective Kiyoshi Kurosawa à la MCJP
Maison de la Culture du Japon à Paris. Du 13 au 20 avril 2001 : Kairo / Cure / Charisma.

KAIRO(2001) de Kiyoshi Kurosawa avec Haruhiko Kato, Kumiko Aso, Koyuki Une mystérieuse épidémie semble ravager Tokyo et peut-être le pays tout entier. Toutes les personnes ayant été au contact d'images vidéos à l'origine inconnue meurent sans raison apparente, leurs corps s'évanouissant ensuite dans l'air. Deux jeunes gens dont des amis furent parmi les premières victimes, enquêtent. Passé sa mise en place, le récit évacue toute péripétie. L'image n'est plus subordonnée à l'histoire, elle en est l'origine même et la fait évoluer. Ainsi les visions s'enchaînent. Elles se succèdent à un rythme rendu hypnotique par la récurrence des couleurs et des formes. Les corps s'effritent, le brouillard s'étend et la mort prend de l'ampleur. La force de la mise en scène est de rendre logique ces disparitions. Après avoir extrait toute substance des personnages au contact d'une technologie lisse et hostile, après avoir effacé en eux les dernières traces d'individualité, leur dissolution semble inéluctable, programmée. Les êtres sortent du champ, laissant derrière eux une ombre qui vient en renforcer la vacuité. Si ce film obsédé par le néant est peut-être une métaphore de la morbidité de la communication, il constitue surtout une longue mélopée dont les voix tentent de combler le vide ambiant. Les signes s'y délitent, deviennent points pris dans l'infini de l'espace ou lignes de plus en plus restreintes et qui, malgré tout, résistent pour continuer à remplir le cadre, à lui insuffler de la vie. Car si la dimension visionnaire du film produit des magnifiques tableaux touchés par le doigt de la mort, elle en est aussi la part régénératrice. L'imagination et l'invention formelle ouvrent la voie du salut et de la renaissance. Elles haussent Kaïro au niveau du requiem, du chant dédié aux morts par les vivants. [M. Merlet] CURE(1997) de Kiyoshi Kurosawa avec Koji Yakusho, Masato Hagiwara, Tsuyoshi Ujiki "Je peux lire en vous des choses que vous seuls connaissez". L'homme qui parle a l'apparence d'une illusion. "Qui êtes vous ?", demande en retour le médecin, une femme coincée entre la perplexité et la peur. "Taisez-vous et écoutez moi… parlez-moi un peu de vous", lui ordonne le patient. Il semble venir d'ailleurs. Un magnétisme animal s'en dégage. Ses paroles mystérieuses ne sont que les premiers pas d'une longue série d'actes funèbres et meurtriers. Mais qui est ce chien enragé qui entre dans la vie des gens pour mieux les anéantir ? Cure tire sa force de notre subconscient. Il contrôle notre imaginaire. C'est un film glacé, qui tel un frisson nous parcourt l'échine. Source de frayeur, il jette un pont entre le rêve et la réalité. Cette réalité, l'inspecteur Katabe va la vivre intensément. Chargé d'élucider les crimes commis par ce singulier homme sans nom, il découvrira qu'à défaut de lien social, ceux-ci sont unis par une dimension spirituelle. Plus son enquête avancera, plus il affrontera l'inconcevable.Une frustration nous envahit. Trop de questions, de zones d'ombres, et pas assez de réponses. Le spectateur est pris dans un engrenage que la mise en scène rend inéluctable. Elle brise l'image, la rendant abstraite. La deuxième partie, en souffrance, nous mène vers une longue pente vertigineuse. La matière filmique s'imprègne de moisissure. Les dialogues se font plus rares, la photo s'assombrit, les sentiments deviennent indescriptibles. L'enfer est proche. Mais nous sommes encore dans le règne de l'invisible, là où le beau devient lyrique. On comprend alors que Cure a réveillé la noirceur instinctive de l'homme, celle qui fait malaise dans la société. [Samir Ardjoum] CHARISMA(1999) de Kiyoshi Kurosawa avec Koji Yakusho, Ikeuchi Hiroyuki, Jun Fubuki A la suite d'une prise d'otages qui a mal tourné, un inspecteur de police prend quelques vacances. Il atterrit au milieu d'une forêt en voie de dépérissement, habitée par un groupe d'individus plus féroces les uns que les autres. Hormis un jeune homme à l'esprit rebelle, tous cherchent à abattre un mystérieux arbre à l'aura maléfique. Chez Kiyoshi Kurosawa, le détail fonde la compréhension. Une multitude d'indices, de petites lueurs vives et rapides permettent au spectateur de reconstituer le film, de le recréer. L'arbre constitue ici le détail central. Autour de lui s'étend un cercle rempli de tous les maux de la société. La jeune arboricultrice décidée coûte que coûte à détruire ce qu'elle croit être le démon incarné, est-elle une terroriste aveuglée par un intégrisme puéril ? Et sa soeur qui, instable, assène à tour de bras des coups de pelle, est-elle l'incarnation de nos instincts les plus primaires, d'une violence enfouie en chacun mais dissimulée par des simulacres d'enveloppes charnelles? Les paraboles sont à la fois nombreuses et invisibles. Par leur profusion, le cinéaste nous plonge dans une spirale troublante, maelström de désirs violents, de sexe et d'illogismes. Loufoques, invraisemblables, incohérents, les actes des personnages, automates possédés, traduisent un immense bouillonnement intérieur. Le ridicule de leur apparence n'est que la conséquence de plusieurs années de comportements honteux et criminels, caractéristiques d'une espèce humaine totalement déglinguée. [Samir Ardjoum]

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