Grossièreté et censure au cinéma What the f**k ?

06/10/2010 - 09h54
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Grossièreté et censure au cinéma
On connait la censure de la violence et du sexe, mais qu'en est-il du langage ? Des Fuck, shit aux putains bien de chez nous, comment régule-t-on la grossièreté sur grand écran ?

Dans Kaboom, Gregg Araki nous offre comme à son habitude un cocktail de scènes de sexe et de grossièretés détonnant. Le bande annonce donne d'emblée le ton : six variations du mot fuck en une minute. En France, le film sort en salles avec une interdiction aux moins de 12 ans, assortie d'un avertissement, et pourrait bien être plus restreint aux Etats-Unis (où il n'est pas encore sorti). Comment les organismes de classifications régulent-ils le langage sur grand écran ? Réponse en trois points.Le puritanisme anglo-saxon Le cinéma américain n'est pas exempt de grossièretés, loin de là, mais celles-ci sont dûment règlementées. Pour quelques utilisations du mot fuck, un film sera classé PG-13 (interdit au moins de 13 ans). Mais attention aux nuances : si ce mot est employé dans un sens sexuel, ne serait-ce qu'une fois, on passe automatiquement de 13 à 17. En Angleterre aussi, le langage demeure l'un des critères centraux pour ce qui est de la classification des films. Seuls les films interdits aux moins de 18 ne sont soumis à aucune restriction linguistique par le BBCF (British Board of Film Classification). Les films interdits au moins de 12 peuvent se permettre quelques écarts occasionnels (bitch, fuck), mais pour les insultes racistes ou homophobes, ce sera moins de 15, à moins que celles-ci soient utilisées pour condamner clairement toute forme de discrimination. On ne blague pas avec la morale. Le laisser-faire françaisEn France, lorsqu'on parle de censure, on fait référence à la violence ou aux scènes de sexe. Le langage passe après. C'est un organisme, le CNC (Comité National du Cinéma et de l'Image Animée) qui se réunit en comité pour visionner les films et statuer sur l'éventuelle interdiction à leur attribuer. Le président de la commission de classification des oeuvres cinématographiques, Emmanuel Glaser annonce d'emblée la couleur : {« Les films d'action américains comportent toujours ou presque des vulgarités mais cela n'a aucune incidence sur la classification. On ne se base pas sur des gros mots particuliers comme les anglo-saxons, c'est le contexte qui importe, et ce, même pour les insultes raciales. »} Ainsi, le film d'horreur {Piranha 3D}, interdit aux moins de 18 ans au Royaume-Uni, est sorti chez nous avec la plus faible des interdictions (moins de 12) pour les scènes gores ; le langage fleuri des jeunes fêtards en plein Springbreak étant qualifié de « langage ado standard ». Certaines bandes annonces, les plus osées, passent elles aussi devant la commission. Ce fut le cas de celle de {Kaboom}. {« Nous avons noté le langage cru et le caractère sexuel de certaines images »}, explique Emmanuel Glaser. {« Mais nous avons finalement classé tout publique car les images passent très vite et le ton est humoristique »}. Pour les films grand public un peu limite, la commission peut délivrer des avertissements. Ce fut le cas pour {Soul Plane} de Jessy Terrero (« Ce film, dont toutes les scènes reposent sur une grossièreté permanente, peut heurter la sensibilité des jeunes spectateurs ») ou {Fracassés} de Franck Llopis (pour cause de « vulgarité du langage employé et complaisance à l'égard de la drogue »). Mais ces avertissements, encore faut-il les voir : {« Pour des raisons pratiques ils ne figurent pas sur les affiches des films »}, reconnaît Emmanuel Glaser, {« ils sont affichés à l'extérieur ou à l'intérieur du cinéma, souvent sur le comptoir de vente des billets »}.Arrondir les angles au doublageOfficiellement donc, pas de censure du langage ou très peu. Du moins du coté de la commission de classification. Car quand on s'adresse aux acteurs de la profession, le discours est plus mitigé, notamment chez les doubleurs, chargés d'adapter le texte original en français. {« La tendance générale est de vouloir adoucir les choses avec la traduction pour s'assurer que les films puissent passer à la fois au ciné et à la télévision »}, explique Jean Louis Sarthou, auteur des versions françaises d'une soixantaine de longs métrages étrangers. Face aux attentes des distributeurs et chaines de télés, mais sans consignes strictes, beaucoup de traducteurs préfèrent prendre les devants. C'est ainsi que « fucker » (littéralement « enculé ») se transforme en « enfoiré » ({Pulp Fiction}, {Les Affranchis}) ou que le mot « nigger » disparaît bien souvent à la traduction de nombreux films de ghetto ({Menace II Society} par exemple). Mais la censure peut aussi être un choix assumé, comme l'explique le traducteur Paul Memmi : {« si je tombe sur une petite blague raciste qui n'apporte rien au film, c'est pas la peine, je zappe et je le revendique ! »} La censure ne vient pas toujours de là où on l'attend…Business Vs conception artistiqueMais alors que la censure des images se fait de manière assez homogène, pourquoi tant de différence au niveau du langage ? Tout d'abord, les vulgarités qui posent problème dans la langue anglaise ont souvent des connotations sexuelles. Dans une culture anglo-saxonne puritaine, on épargne donc les oreilles des âmes sensibles. En France, le parler cru suscite peu de réactions et est perçu tout au plus comme un manque de politesse. On est loin du scandale. Enfin, ce fossé repose sur une conception différente du cinéma. Pour les frenchies, cela ne fait aucun doute, il s'agit d'un art, les oeuvres cinématographiques sont donc des créations que l'on évalue dans leur globalité. Aux Etats-Unis, c'est le cinéma business qui prédomine et la censure se fait de manière mécanique sur grand écran, où les interdictions sont affaire de calculs. C'est aussi le cas à la télé, on l'on masque à coups de gros bips sonores les « fuck » et autres vulgarités.

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