
Périple et tragédie, Film Socialisme est une traversée de l'Histoire, du temps, des idées, du monde, du cinéma. Jean-Luc Godard signe un film d'une beauté entêtante à l'intelligence perpétuellement vive et lucide ; un rayon de lumière.
Cannes 2010, Jean-Luc Godard présente Film Socialisme. Il ne viendra pas, donnant peut-être tort à la maxime sur les absents. De Rolle, dans sa crypte helvétique, face au lac Léman, il pourra toujours voir le festival se dérouler de loin, depuis la télévision. Regarder, par exemple et vers le bas, la montée des marches d'Inarritu, fier de montrer son dernier film, fier de son cinéma se résumant à des tragédies cosmiques d'une bêtise et vulgarité édifiantes.
Que conclure de la présence en compétition officielle du Mexicain, quand le Suisse joue en seconde division ? Quelque chose du cinéma, de Cannes, du monde ? Peut-être tout ça à la fois. Sans tirer sur la rengaine, on sait bien qu'ils sont rares, aujourd'hui, ceux à croire encore en Godard. Rares à accepter son cinéma insituable ou trop situé, et l'histoire n'est pas neuve, elle dure. Il ne s'agit pas de dire le contre, de faire une séparation, entre initiés et les autres, qui refuseraient de voir Film Socialisme. Mais d'élargir : si les films de Godard sont si mal ou peu vus, si celui-ci n'a droit qu'à une compétition parallèle, c'est peut-être qu'il est devenu difficile pour le monde de les regarder. Qu'ils sont inadaptés à l'époque et son goût pour une vitesse qui n'a d'égale que sa complaisance dans la facilité, l'aveuglement, le manque d'érudition, l'idiotie - sans être réactionnaire, tout séjour dans une école de commerce où sévissent les roitelets du futur en donne la conviction.
Quel rapport avec Film Socialisme ? Quelque chose de notre histoire, sans doute, et d'un rapport à la durée et au temps.
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