
Le FID se termine aujourd'hui, hélas, et il faudra bientôt aller se consoler à la lumière d'autres projections organisées cet été, ici et ailleurs. Pour ma part, intrigué par les trois films de Jean-Pierre Gorin proposés dans l'un des "écrans parallèles" du festival, j'ai voulu en savoir davantage et je suis allé l'interroger. "Vous savez, vous venez de voir mes films, j'en ai déjà parlé à l'issue des projections alors, maintenant, c'est à vous de me dire ce que vous en pensez", m'a-t-il immédiatement rétorqué. Pas idiot comme point de vue, et assez exigent en termes de conversation. Alors j'y suis allé de mon petit couplet sur Poto et Cabengo (1976), Routine Pleasures (1986) et My Crazy Life (1991), les trois opus qui composent cet ensemble assez pompeusement désigné de "trilogie américaine". Je lui ai dit qu'à mon sens, il n'y avait pas grand-chose de commun dans les thèmes de ses films : deux jeunes jumelles qui développent un langage propre auquel personne ne comprend rien, des amateurs de train miniature placés sous le regard d'un critique de cinéma américain, et un gang de jeunes immigrés Samoans paumés dans une banlieue de Los Angeles. Mais que, chaque fois, on notait chez lui une jouissance à intervenir sur le réel autant qu'il le filme, à entrer dans la cadre pour faire évoluer l'objet auquel il s'intéresse, ou alors à montrer la façon dont ses protagonistes sont influencés par le film en train de se faire. "Sans doute une réminiscence de votre travail au sein du groupe Dziga-Vertov avec Godard", lui ai-je suggéré, "cette vieille obsession à vouloir faire en sorte que le cinéma puisse transformer le réel".Il a pas dit non. Il a pas vraiment dit oui non plus, d'ailleurs. Il a préféré parler du montage et du son, ses deux grandes marottes, de sa théorie de "l'auteur moderne, auteur modeste" (un auteur ne dit plus vraiment, il enregistre, il "écoute sa matière" et la rassemble), du rap des années 1990 et de son amour de Mark Rothko et de Manny Farber. Les films, on les avait vus et l'heure n'était déjà plus vraiment au cinéma. Dehors, il faisait toujours aussi lourd mais le ciel commençait à virer au gris. L'appel du retour, déjà. Le train. Paris, ses trottoirs ternes et là-bas, quelque part sur le Vieux-Port, quelques traces laissées. La tasse de Rita sur une table de café, désormais battue par la pluie. La vie.
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